Une COP décisive à Belém
Lundi 10 novembre, la 30ᵉ Conférence des Parties (COP) s’est ouverte à Belém. Rendez-vous crucial de la lutte contre le réchauffement climatique, elle réunit États et organisations régionales (comme l’Union européenne) pour définir les politiques climatiques à adopter. Dix ans plus tôt, la COP21 de Paris avait accouché d’un accord présenté comme une avancée majeure.
Rappel sur le fonctionnement des NDC
Pour rappel : tous les cinq ans, les Parties soumettent leurs contributions déterminées au niveau national (NDC), c’est-à-dire leurs engagements de réduction d’émissions pour les dix années à venir.
Les NDC de deuxième génération conduise à un réchauffement global compris entre +2,6 °C et +2,8 °C selon le niveau réel de financement fourni par les pays développés aux pays en développement. Depuis, les Parties étaient censées publier leur troisième NDC. Pour l’heure, ce processus n’est que partiellement achevé : les États-Unis ont publié une NDC sous Joe Biden, avant que Donald Trump ne retire le pays de l’accord ; la Chine a publié sa nouvelle NDC ; l’Union européenne a déposé la sienne juste avant la COP30.
Au total, 79 Parties — représentant 64 % des émissions mondiales — ont transmis leur NDC.
Un rapport de l’ONU au titre explicite : « Off-target »
C’est dans ce contexte que le Programme des Nations unies pour l’environnement (UNEP) a publié son rapport annuel sur les NDC et les politiques climatiques, l’Emission Gap Report, dont le titre est sans détour : « Off-target ». Le rapport, publié avant la NDC européenne (mais après celle de la Chine), évalue également la NDC américaine aujourd’hui caduque.

Politiques climatiques des différents pays du G20
Un graphique central du rapport illustre l’écart entre politiques effectives, NDC et stratégies de long terme pour les pays du G20.
Promesses diplomatiques contre réalités politiques
Ce graphique rend lisible l’écart entre promesses et actions. On y observe qu’aucune règle générale ne se dégage : certains États dépassent leurs engagements, d’autres — comme la Russie — restent très en dessous. Cela rappelle que les NDC sont surtout un outil diplomatique : un pays peut annoncer une NDC ambitieuse sans la respecter, ou au contraire une NDC très limitée afin de s’assurer de l’atteindre.
La tentation serait grande de distinguer « bons » et « mauvais » élèves. Mais deux éléments doivent être rappelés. Premièrement, les données ne portent que sur les émissions territoriales, ignorant celles liées à la consommation.
De nombreux pays du Nord délocalisent leur production — et donc leurs émissions — vers les pays du Sud.
Deuxièmement, même en tenant compte des émissions liées à la consommation, les pays en développement émettent nécessairement davantage dans leurs phases d’industrialisation, ce qui se traduit par des émissions cumulées ou par habitant bien plus faibles que celles des pays développés.
Les trajectoires globales : toujours trop chaudes
À l’échelle mondiale, dans un scénario où Donald Trump n’aurait jamais retiré les États-Unis de l’accord de Paris, les trajectoires sont les suivantes :
– politiques actuelles : +2,8 °C ;
– NDC inconditionnelles : +2,5 °C ;
– NDC inconditionnelles + conditionnelles : +2,3 °C.
Les stratégies de long terme, inchangées, convergent quant à elles vers +1,9 °C.
Une amélioration relative, une inquiétude persistante
Par rapport à la précédente évaluation, l’amélioration est réelle : 0,3 °C de réchauffement évité, ce qui n’est pas négligeable. Mais cette amélioration reste largement théorique depuis le retrait américain. Elle souligne surtout l’urgence de renforcer les engagements, de les rendre contraignants et de multiplier les efforts concrets pour rester, réellement, dans la trajectoire de l’accord de Paris.





