La guerre opposant l’Iran aux États-Unis et à Israël a entraîné la destruction d’infrastructures pétrolières et gazières ainsi que le blocage du détroit d’Ormuz. Ces événements ont conduit à une hausse brutale des prix du pétrole et du gaz, provoquant une montée de l’inflation et des risques de pénuries, en particulier en Asie.
En réponse, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé le 10 avril 2026 une série de mesures visant à accélérer l’électrification des usages. L’objectif est de réduire d’ici 2030 la dépendance de la France au pétrole et au gaz, au profit du nucléaire et des renouvelables (hydraulique, solaire et éolien).
Transport, bâtiment et industrie visés par l’électrification
En 2024, la France a dépensé 57,8 milliards d’euros en énergies fossiles, dont 43,8 milliards pour le pétrole (brut et raffiné) et 14 milliards pour le gaz. En comparaison, le pays n’a gagné que 5,1 milliards d’euros la même année grâce à ses exportations d’électricité nucléaire. Le pétrole et le gaz, en plus d’être néfastes pour la santé et le climat, constituent un déficit commercial.
Ces dépenses visent principalement à alimenter les moteurs de nos voitures, camions et avions (deux tiers du pétrole consommé), les chauffages de nos bâtiments (la moitié du gaz consommé) et les procédés industriels (un quart du gaz consommé). Le pétrole sert également aux moteurs des machines agricoles et le gaz à la production d’électricité lors des pointes de consommation. Ce sont logiquement ces trois secteurs qui sont visés par les mesures gouvernementales.
Pour le transport, deux tiers des véhicules neufs devraient être électriques d’ici 2030, grâce à une augmentation de la production par les constructeurs français jusqu’à un million de véhicules en 2030, ainsi que des aides à l’achat (prime écologique, leasing social…).
Pour le bâtiment, les logements neufs ne pourraient plus disposer d’un chauffage au gaz à partir de la fin de cette année. Les chauffages au gaz de deux millions de logements sociaux seraient convertis en pompes à chaleur d’ici 2050. Des aides publiques seraient mises à disposition des propriétaires pour qu’un million de pompes à chaleur soient installées d’ici 2030.
Enfin, pour l’industrie, des dispositifs dédiés seraient mis en place pour l’électrification des machines et outils de travail, tant pour les grands sites industriels et agroalimentaires que pour les petites entreprises, les artisans et les commerçants.
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Des lacunes et des angles morts
Les mesures proposées par le gouvernement sont louables mais insuffisantes au regard des enjeux économiques et, surtout, écologiques. Ces derniers, émissions de gaz à effet de serre et fragilisation des écosystèmes, ne sont même pas évoqués. La seule priorité affichée est le coût de l’énergie pour les particuliers et les entreprises.
Ainsi, les mesures relatives au transport sont ambitieuses mais ne détaillent pas les besoins en recherche et en formation sur les moteurs électriques et les batteries, nécessaires pour bâtir une véritable industrie du véhicule électrique. Elles négligent également les potentiels d’économies d’énergie liés au développement du train et du vélo, ainsi qu’à la réduction du trafic aérien.
Celles relatives au logement occultent le recours aux réseaux de chaleur urbains et les rénovations qui permettent de limiter la consommation énergétique. À titre d’exemple, selon le plan climat Empreinte 2050, il faudrait viser plus d’un million de rénovations annuelles dès 2032.
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Concernant l’industrie, les propositions sont particulièrement floues. L’ambition d’électrifier les procédés des grands sites industriels n’est pas nouvelle. Malgré des investissements publics de l’ordre du milliard d’euros, des projets d’électrification ont été suspendus par leurs promoteurs, à l’instar d’ArcelorMittal, faute de rentabilité.
Enfin, il n’est fait aucune mention du lien entre prix du gaz et prix de l’électricité. Ce dernier est fixé selon le coût de la dernière centrale électrique activée, souvent une centrale à gaz. Sans traiter ce sujet, les prix de l’électricité ne feront qu’augmenter, malgré une production nationale fiable, décarbonée et abordable.
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La transition ne se décrète pas, elle se planifie
Les annonces du Premier ministre sont le reflet des logiques néolibérales déployées en France et en Europe depuis des décennies. Le gouvernement se limite à fixer des objectifs et à fournir des subventions à des entreprises. Les plus petites, déjà contraintes par le jeu de la concurrence mondialisée, se trouvent limitées dans leur capacité d’électrification. Pour elles, les risques sont la faillite et le rachat. Les plus grandes, aux mains de fonds d’investissement publics ou privés, privilégient le rendement de leurs actionnaires. Pire, elles n’hésitent pas à profiter des crises, comme TotalEnergies qui se félicite de ses bénéfices sur fond de guerre au Moyen-Orient. L’électrification n’est jaugée qu’à l’aune de leur rentabilité, jamais de l’intérêt commun. Pour elles, les risques sont le contournement des règles, les plans sociaux et la délocalisation vers d’autres pays.
En résumé, la politique de l’offre du gouvernement est non seulement coûteuse (de l’ordre de 211 Mds€ en 2025) mais aussi inefficace. Elle est même sous-estimée en l’occurrence : le Premier ministre annonce un investissement maximal de 10 Mds€ pour financer ses propositions, loin des 65 Mds€/an estimés dans Empreinte 2050 pour le seul transport et le bâtiment.
Le gouvernement actuel est victime des mêmes écueils que ses prédécesseurs : le manque de planification.
Celle-ci devrait définir une vision et un chemin pour l’atteindre. Elle devrait s’appuyer sur une gouvernance démocratique associant les citoyennes et citoyens, et réunir les moyens et acteurs de production dans des pôles publics dédiés à l’intérêt commun. En bref, cette planification devrait ouvrir la voie vers une société post-capitaliste, une société communiste.
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