Comment le RN infiltre le mouvement syndical

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Comment le RN infiltre le mouvement syndical

Le Rassemblement national ne se contente pas d’afficher un antisyndicalisme de façade : il agit en stratège. Entre division syndicale, soutien aux petites centrales et revendication de « liberté syndicale », le parti avance méthodiquement ses pions sur le terrain social.

Les syndicats occupent une place permanente dans la réflexion des cadres du RN, ne serait-ce que pour leur disputer la question sociale. Pour les militants marinistes implantés dans le Nord, le Pas-de-Calais et la Somme, cette question est centrale : sans elle, pas d’implantation locale dans des territoires désindustrialisés. La revendication d’un gaullisme social constitue un marqueur fort et partagé.

Si des événements comme celui de Liévin, autour de la cérémonie du 1er Mai, renforcent l’image d’un parti à l’antisyndicalisme primaire, la réalité est plus complexe. Dans la tête des cadres du RN, une distinction s’opère entre les directions syndicales et les bases : le parti la pense, la cultive et apprend à en jouer.

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L’usure comme stratégie

À l’image de l’AfD en Allemagne, le RN fait le pari de l’usure et de la division syndicale, en agissant sur deux fronts distincts. Le premier est celui de l’opposition entre les directions syndicales et leurs bases.

Le calcul est simple : si les syndiqués votent pour eux, les directions ne pourront pas éternellement leur tourner le dos. En somme, le RN parie que les directions agissent avec leur base comme le patronat avec le consommateur. Aujourd’hui, certains acceptent de discuter ; qui sait pour les autres ?

Parfois, le pari est gagnant : à Valenciennes, Sébastien Chenu a rencontré le délégué Stellantis FO, Florian Bigotte. Un choix assumé par ce dernier, qui déclarait à l’Opinion : « Solliciter les politiques permet de faire parler de nos problématiques au national. Je n’ai aucune difficulté à me rendre chez le RN ou le PCF. » Derrière ce ralliement, le vote local et l’implantation des partis nommés entrent sans doute en ligne de compte.

La division syndicale comme tactique

Le second front se joue sur le terrain de la division syndicale. Le RN affiche un soutien relatif aux petites centrales tout en s’en prenant violemment aux directions des grandes organisations.

Les mots sont éloquents. En 2022, Louis Aliot qualifiait la CGT et la CFDT de « croque-morts » ; plus récemment, Jean-Philippe Tanguy les accusait d’être « contre les travailleurs ». À l’inverse, en 2024, le RN s’entretenait avec le secrétaire général de la CFTC et, il y a quelques jours, Chenu saluait « l’homme intelligent » qu’est Frédéric Souillot, secrétaire général de FO.

Ces deux fronts ne sont pas anodins. Pour le RN, chaque contact est une réussite consacrée : le collaborateur de J.-P. Tanguy est issu de la CFTC, tandis que le député Frédéric Weber est un ancien délégué du personnel CFDT, puis FO.

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La « liberté syndicale » ou l’art de museler sans supprimer

Agiter le chiffon de l’antisyndicalisme primaire du RN n’est pas faux, mais n’explique pas tout. Si le RN cherche la division et vante les petits contre les gros, ce n’est pas par préférence idéologique, mais par choix politique délibéré : cette stratégie sert à avancer les pions d’un projet corporatiste.

Le RN ne veut pas se séparer des syndicats, il veut les museler. Sa revendication phare au chapitre social : la « liberté syndicale ». Concrètement, cela signifie abaisser le seuil de représentativité, aujourd’hui fixé à 10 %.

Les conséquences d’une telle mesure seraient immédiates. Les syndicats patronaux pourraient se développer d’autant plus facilement et, dans la logique mariniste, œuvrer à ce qu’ils qualifient de bon dialogue social. Les petits syndicats, pas toujours représentatifs, pourraient s’y retrouver : c’est précisément pour cela que le RN les ménage.

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