Ce lundi 13 avril marquait les dix ans de la loi abolitionniste en France. Celle-ci comporte deux volets : la criminalisation du proxénétisme et de l’achat d’actes sexuels, et la mise en place de parcours de sortie pour les femmes en situation de prostitution.
Pendant que des députés écologistes et insoumis se réunissaient avec le STRASS au Sénat pour discuter du projet de loi Souyris, qui décriminaliserait proxénètes et clients, féministes, survivantes et alliés se retrouvaient à l’Assemblée nationale pour revenir sur les apports de la loi et sur ce qui reste à construire.
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Une loi progressiste, une célébration populaire
La conférence constitue le temps fort d’une commémoration de trois jours qui a mobilisé partis politiques, associations et survivantes. La veille, une manifestation rassemblait près de 1 000 personnes au Panthéon. Au total, vingt-cinq pays différents étaient représentés dans les cortèges. L’objectif était de faire de la célébration un moment combatif et festif, ouvert à toutes et tous.
À l’Assemblée, des députés et sénateurs mexicains, espagnols et français insistent sur un point : ce sont les forces progressistes qui permettent le passage des lois abolitionnistes. En France, un premier colloque sur l’abolitionnisme avait été organisé par le Parti communiste en compagnie d’associations féministes dès 2002. Ce sont notamment des sénatrices et députées communistes et socialistes qui ont œuvré pour faire adopter la loi abolitionniste en 2016. En raison de leur engagement, ces élues se sont exposées aux intimidations et au harcèlement de la droite et d’une partie de la gauche.
Un projet internationaliste
C’était l’un des objectifs de la célébration : faire venir des délégations de pays où la prostitution est légale pour donner une voix et une plateforme à celles et ceux qui luttent pour l’abolition. À l’Assemblée et à la marche, vingt-cinq pays étaient représentés, dont la Colombie, la Norvège, l’Inde, le Népal, la Mongolie et le Nigeria. Des survivantes d’Afrique subsaharienne étaient également présentes.
En Corée du Sud, où la prostitution n’a jamais été légale, ceux qui achètent des actes sexuels ou tiennent des maisons de prostitution ne s’exposent pourtant à aucune sanction. Des militantes de Moongchi, un réseau de survivantes abolitionnistes, sont venues saluer la loi de 2016 et appellent à faire reconnaître la prostitution comme une forme d’exploitation sexuelle du corps des femmes, et non comme une question de choix individuel.
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À l’Assemblée, Reginaldo Sandoval Flores, un dirigeant du Parti du Travail du Mexique, explique quant à lui que son parti travaille à un rapport sur les apports de l’abolition, en vue d’appeler à son adoption dans son pays. L’enjeu est crucial : le lobby en faveur du travail du sexe gagne en popularité au Mexique, pays pourtant ciblé par les réseaux de trafic sexuel en direction des États-Unis.
Une loi portée par des associations de survivantes, pour les survivantes
La loi de 2016 ne serait pas passée sans la mobilisation du milieu associatif. En 2013, seuls 32 % des Français et Françaises se déclaraient favorables à l’abolition de la prostitution. Aujourd’hui, ce chiffre s’élève à 78 %. Selon Grégoire Théry, cofondateur de CAP International, cette évolution est principalement due au travail des associations abolitionnistes et des groupes de survivantes, qui ont réussi à imposer le débat dans l’espace public pour changer les mentalités.
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Depuis 2016, 2 500 femmes ont bénéficié d’un parcours de sortie. Mais selon les associations, ce chiffre reste trop bas. Féministes et survivantes appellent désormais à la mise en application réelle de la loi qui, selon elles, ne saurait être possible sans le financement et le renforcement du système social.
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