Digital College, ou le privé qui fait la loi

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Digital College, ou le privé qui fait la loi

La fermeture brutale du campus Digital College de Nanterre en pleine année universitaire n’est pas une anomalie isolée. Elle révèle un modèle. Celui d’un secteur de l’enseignement supérieur privé lucratif en pleine expansion qui fait peser ses dérives sur celles et ceux qui devraient en être le cœur : les étudiantes et les étudiants.

Abus de bien social, détournement de fonds publics, fausses factures, blanchiment… Le tout financé par de l’argent public, notamment celui de l’apprentissage, qui a représenté, pour 2024, près de 83 % des ressources de l’école. Voilà les soupçons qui pèsent sur Digital College, d’après un rapport remis au procureur de la République.

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Car ce qui se cache derrière l’avènement du privé lucratif, c’est la consolidation d’un système à deux vitesses : d’un côté, une université publique massifiée mais sous-dotée ; de l’autre, un secteur privé en expansion, fortement dépendant des capacités financières individuelles. Cette évolution remet en cause le principe d’égalité d’accès à l’enseignement supérieur, pourtant constitutif du service public universitaire.

Contrairement à une idée répandue, ces formations privées en business et marketing ne recrutent pas uniquement dans les milieux les plus favorisés. Elles attirent aussi, voire surtout, des étudiants issus des classes populaires. Délaissés par Parcoursup ou MonMaster, plus de 25 % des étudiants se tournent désormais vers l’enseignement supérieur privé lucratif, y voyant une promesse d’encadrement renforcé et d’insertion professionnelle rapide.

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Mais cette promesse a un coût. Les frais de scolarité peuvent atteindre plusieurs milliers d’euros par an. Au Digital College, c’est 6 900 euros en formation initiale, 7 700 euros en troisième année. Les écarts entre étudiants capables de financer leur formation et ceux qui ne le peuvent pas se creusent. Pour une partie d’entre eux, cela implique de s’endetter, de contracter un prêt étudiant ou de recourir au travail salarié.

Peut-on accepter qu’en France, l’accès à l’enseignement supérieur devienne un produit marchandé comme un autre ? Peut-on tolérer que des établissements ferment sans garantir la continuité des études ? Peut-on laisser des étudiants porter seuls le coût financier et humain de décisions qu’ils ne maîtrisent pas ? Voulons-nous d’un système où le privé fait la loi, ou d’un service public de l’enseignement supérieur fort, accessible et émancipateur ?

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Il est temps de rappeler un principe simple : l’enseignement supérieur n’est pas une marchandise. C’est un droit. Et ce droit implique des garanties.

Face à la fermeture de Digital College à Nanterre, il ne suffit pas de gérer l’urgence : il faut en tirer les conséquences. Assurer des solutions immédiates pour les étudiants concernés, oui. Mais aussi mettre fin à une dérive structurelle.

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