Master Poulet et Karim Bouamrane : qui est le dindon de la farce ?

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Master Poulet et Karim Bouamrane : qui est le dindon de la farce ?

La polémique qui oppose Karim Bouamrane, maire PS de Saint-Ouen (93), à l’enseigne de restauration rapide Master Poulet fait depuis plusieurs semaines le bonheur de la presse bourgeoise.

Sur fond de lutte contre la malbouffe, Karim Bouamrane multiplie les tentatives d’empêcher l’enseigne d’ouvrir. Il use de tous ses pouvoirs de maire, quitte à perdre devant les tribunaux. La chaîne Master Poulet, elle, profite d’une publicité inédite et se prête au jeu de l’exposition publique à coups de banderoles provocantes et de vidéos IA tournant en ridicule l’acharnement du maire.

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Il n’en aura pas fallu plus pour que LFI devienne le défenseur national de la liberté de commerce, sous couvert de lutte contre la gentrification et contre le racisme. Le nouveau maire de Saint-Denis Bally Bagayoko et les députés Nadège Abomangoli et Éric Coquerel se mettent en scène en défense de l’enseigne et interpellent le préfet. Les journalistes jubilent et se paient la tête de Karim Bouamrane embourbé dans la polémique.

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Derrière cette nouvelle prise de bec entre le Parti socialiste et sa scission insoumise, ce sont les enjeux bien réels de la gentrification et de la santé publique des classes populaires qui sont invisibilisés et tournés en ridicule.

La Seine-Saint-Denis : un désert alimentaire

Les fast-food fleurissent sur un terreau fertile. La précarité des classes populaires, un environnement urbain dense, des contraintes liées au travail et un faible temps disponible créent une forte demande de nourriture bon marché.

Compte tenu des coûts de la restauration traditionnelle, les fast-food trouvent dans ce territoire populaire leur poule aux œufs d’or et représentent aujourd’hui plus de la moitié des enseignes en Seine-Saint-Denis. Le marché de la malbouffe prospère sur une clientèle précaire et jeune.

La Seine-Saint-Denis est qualifiée de « désert alimentaire » ou de « marécage alimentaire ». L’accès aux produits frais y est marginal. En réanimant la rhétorique du « bruit et l’odeur », Karim Bouamrane ne s’attaque pas à la puissance des acteurs de la malbouffe : il renforce la stigmatisation raciste et le mépris de classe dont sont victimes les habitants de ces quartiers.

Partant de là, la tentation de se réapproprier le fast-food pour en faire un marqueur identitaire est forte, mais camoufle une catastrophe sanitaire qui tue d’abord les enfants des classes populaires.

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La « gauche de rupture » ou le nouveau pigeon de la bourgeoisie

La domination de la malbouffe a des conséquences connues. Les partis de gauche ont longtemps pris le sujet au sérieux. Face à l’urgence, des plans de lutte contre la précarité alimentaire existent dans des communes du département.

Tous les ans, les communistes de Seine-Saint-Denis sont à l’initiative, aux côtés du MODEF, de distributions solidaires de fruits et légumes, faisant la démonstration qu’une alimentation saine et bon marché est possible lorsque la distribution est maîtrisée.

La lutte pour l’accès à une alimentation variée et de qualité pour tous est une vieille bataille des communistes. Elle répond essentiellement à des enjeux économiques et de classe. Des régies agricoles servant à l’éducation populaire aux cantines accessibles, en passant par les petits déjeuners gratuits, les municipalités communistes sont à la pointe de ces luttes.

Ces actes se heurtent au mur du capital et du libre marché imposé au niveau national. La Seine-Saint-Denis reste parmi les territoires les plus touchés par le diabète et l’obésité. Les inégalités d’accès aux services publics et sa situation de désert médical renforcent les problèmes sanitaires.

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D’autres enjeux s’y mêlent, comme la santé mentale et l’augmentation des troubles du comportement alimentaire (TCA), au point qu’une unité dédiée à la prise en charge des TCA chez l’adolescent existe en Seine-Saint-Denis depuis 2018. La question alimentaire se révèle comme un enjeu de classe à part entière.

Pour la première fois, une force de gauche dite « radicale » se pose en soutien d’une enseigne de malbouffe et l’érige en marqueur identitaire.

La France Insoumise fait « rupture » avec ces tentatives de gauche de faire progresser la santé publique en cessant de poser la question de la qualité de la production et du travail. Pour la première fois, une force de gauche dite « radicale » se pose en soutien d’une enseigne de malbouffe et l’érige en marqueur identitaire.

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Pendant que la social-démocratie électorale joue un énième combat de coq, au sein des classes populaires, le menu reste déterminé par un portefeuille toujours plus léger. À la fin, la mort est dans l’assiette.


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