Ce qui reste de la COP30, c’est un échec — et même une régression. La conférence n’est pas parvenue à définir une trajectoire de sortie des énergies fossiles, alors même qu’elles représentent 68 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
Une COP qui paraissait porteuse d’espoir
Une lecture superficielle du contexte pouvait laisser penser que la COP30 serait le lieu de grandes avancées. Lors de la COP28 à Dubaï, en 2023, un texte final encore timide avait mentionné pour la première fois dans l’histoire des COP la nécessité d’une « transition hors des énergies fossiles », tout en renvoyant aux conférences suivantes le soin d’en préciser les modalités. La COP29 à Bakou avait, elle, permis des progrès — bien que très encadrés par la logique capitaliste — sur les financements mondiaux de la transition. Le Brésil de Lula affichait des ambitions fortes pour cette édition, rendant l’échec final d’autant plus surprenant.
L’obstruction saoudienne
Il reste difficile de savoir précisément comment se sont déroulées les négociations ayant conduit à la non-inclusion d’un objectif de sortie. La plupart des témoignages concordent néanmoins : l’Arabie saoudite a constitué une force d’obstruction, et le texte final, adopté au consensus, a finalement basculé dans son sens.
Difficile de ne pas faire le lien avec la réunion qui se tenait simultanément à Washington, où le prince héritier Mohammed ben Salmane était reçu en grande pompe par Donald Trump, président ouvertement climatosceptique du seul État non signataire de l’accord de Paris. Soutenue par les États-Unis, l’Arabie saoudite n’a plus besoin de la COP pour asseoir sa place sur la scène internationale, et peut dès lors y assumer un rôle d’obstruction sans réel coût diplomatique.
Dans la foulée, de nombreuses voix ont appelé à empêcher qu’un seul État puisse bloquer le processus, soit en réformant les règles de décision des COP vers un vote majoritaire, soit en développant des structures parallèles capables d’engager la sortie des énergies fossiles. C’est dans cet esprit que la Colombie et les Pays-Bas co-organiseront une conférence sur le sujet en avril 2026, avec plusieurs pays européens et latino-américains — mais sans une partie importante du reste du monde.
Les pays en développement sceptiques
Attribuer l’échec à la seule obstruction saoudienne serait pourtant réducteur. Comme le rapporte le China Daily, « de nombreux délégués du Sud global ont exprimé leur désaccord, invoquant des craintes de contraction économique brutale et d’aggravation de l’instabilité sociale ». Si les États concernés sont difficiles à identifier précisément, leurs inquiétudes sont parfaitement compréhensibles.
Le cas du Venezuela l’illustre. Pays en développement disposant d’importantes ressources pétrolières, comment pourrait-il financer son propre développement sans recourir à cette rente ? Une justice climatique minimale exige que les pays riches — ceux dotés de ressources renouvelables ou ayant déjà massivement consommé leurs énergies fossiles — soutiennent économiquement le Venezuela et construisent avec lui des coopérations pour développer son potentiel renouvelable.
Or c’est justement là l’autre point de discorde de la COP : les pays du Nord global peinent à fournir les financements de transition promis aux pays du Sud global, des promesses d’ailleurs bien inférieures aux besoins réels au regard de l’ampleur de la tâche. La sortie rapide et mondiale des énergies fossiles est une nécessité absolue pour la survie de notre civilisation, mais une sortie des énergies fossiles sans aide économique de la part des pays du centre capitaliste vers ceux de la périphérie serait un projet colonial.
Au fond, ce sont les compétences, la formation et la planification qui conditionnent la transition énergétique, au Nord comme au Sud.





