Du 16 au 20 février se tenait le Sommet de l’IA en Inde, un tournant marquant à la fois les rapports de domination et les divergences de réalités sociales et d’enjeux entre l’Occident et le Sud global.
Ce qu’était le Sommet de New Delhi
Le Sommet de l’IA en Inde réunissait plusieurs acteurs majeurs : plus de 25 000 participants, environ 60 ministres et les dirigeants de 20 pays. Après le Sommet de Paris en 2025, l’enjeu était considérable. Il s’agissait du premier Sommet de l’IA accueilli par un pays du Sud global — un tournant illustrant le rôle de premier plan des pays émergents.
Ce tournant se manifeste aussi dans les thèmes abordés. Alors que les précédents sommets, organisés par des pays occidentaux, avaient pour thèmes principaux la sécurité et l’éthique, celui de New Delhi innovait. En Inde, c’est l’impact concret de l’IA sur l’humain, la planète et le progrès qui était au cœur des discussions, le tout marqué par une vision résolument optimiste.
De ce sommet est ressorti un texte définissant une place pour une IA démocratisée, garante de la souveraineté des peuples, et un rôle dans la transition écologique comme dans l’accompagnement des avancées scientifiques — médicales, agricoles, et au-delà.
Alors que les États-Unis et le Royaume-Uni n’avaient pas signé la déclaration de 2025 — leur refus se teintant alors de motifs libéraux, hostiles à toute régulation —, ils sont signataires de la déclaration de New Delhi. Une réussite diplomatique pour l’Inde, malgré les critiques sur le flou des engagements.
Chronologie
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Les enjeux du sommet, révélateurs des dynamiques économiques
Malgré cela, les observateurs internationaux ne s’y sont pas trompés : ce sommet met en lumière des intérêts divergents entre l’Occident et le Sud global.
« La domination de l’Occident sur l’IA est la nouvelle forme de l’impérialisme. » — The Daily Star
En cause : les chaînes de valeur. Les pays occidentaux et les grandes entreprises captent, au détriment des pays du Sud, les bénéfices de l’exploitation de plusieurs ressources.
La première concerne les matières premières et la main-d’œuvre. Les géants de la tech exploitent une main-d’œuvre bon marché en Afrique et en Asie du Sud-Est.
La seconde est celle des données. Si la Chine s’est protégée, et l’Europe également, ce n’est pas le cas du reste du monde — à commencer par l’Afrique, malgré le Data Policy Framework de l’Union africaine de 2022.
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Concrètement, l’exploitation de données transactionnelles échappe à certains pays pour alimenter les grands groupes américains. C’est le cas de M-PESA au Kenya, outil de paiement numérique représentant 75 milliards de dollars de transactions annuelles, dont les données sont captées par des acteurs extérieurs.
Ce cadre révèle que les thèmes du sommet n’étaient pas choisis au hasard. Plus qu’un simple forum d’échange, il s’agissait de faire valoir les intérêts des pays exploités.
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L’optimisme des pays du Sud
Malgré cette exploitation, l’IA continue d’être perçue, dans les pays du Sud, comme un levier de développement, de souveraineté et un moyen de sortir de la dépendance économique. Une vision aux antipodes du sentiment occidental, révélatrice d’un profond décalage entre les réalités sociales.
En chiffres
Ce décalage se traduit par des chiffres. En France comme aux États-Unis, 51 % des personnes ont un avis positif sur l’IA. En Allemagne, seuls 40 % des salariés se sentent prêts pour l’ère numérique. À l’inverse, le taux d’opinions favorables atteint 88 % en Chine et en Inde, et 85 % au Nigeria.
En France, l’IA est perçue comme une menace sur l’emploi. Dans les pays du Sud, elle est vue comme un levier de progrès.
Des chiffres que les spécialistes des données expliquent par la jeunesse de ces populations, mais aussi par les perspectives qu’offre l’IA en matière d’emploi. Là où, en France et dans le reste du centre impérialiste — dominés par une économie tertiaire —, l’IA apparaît comme une menace pour les emplois existants, dans les pays du Sud, où les métiers manuels et industriels dominent, elle est perçue comme un facteur de gains de productivité et d’amélioration des conditions de travail dans les secteurs clés : santé, agriculture, industrie.
Reste que cet optimisme du Sud n’est pas monolithique. En Inde comme au Nigeria, de grandes firmes technologiques locales émergent et participent aux mêmes chaînes de valeur mondiales, tandis que certains gouvernements assouplissent leurs régulations sociales pour attirer les investisseurs étrangers. Construire une voie indépendante de la Chine dans le Sud global : tel était l’enjeu de l’Inde dans ce sommet.
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