À la COP30, les États insulaires, acteurs de leur propre survie

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À la COP30, les États insulaires, acteurs de leur propre survie

Lorsqu’il est question de politiques climatiques, l’attention se porte presque toujours sur les grands émetteurs. Les petits États insulaires, en première ligne face au réchauffement, sont trop souvent cantonnés au rôle de victimes dépourvues de leviers d’action. Pourtant, l’Alliance des petits États insulaires (AOSIS) est l’un des moteurs historiques des négociations internationales. Sans elle, plusieurs avancées majeures des COP n’auraient jamais vu le jour.

Unis face aux catastrophes

Créée en 1990, cinq ans avant les premières COP, l’AOSIS rassemble aujourd’hui 39 États. On y trouve de très petits États du Pacifique, comme Tuvalu, mais aussi des nations plus peuplées telles que Cuba. Leur point commun : une vulnérabilité extrême au réchauffement climatique, notamment à la montée du niveau de la mer. Aux Tuvalu, dont le point culminant atteint à peine 5 mètres, plus de la moitié du territoire pourrait être inondée d’ici 2050. Même dans le scénario ambitieux du GIEC maintenant le réchauffement sous +1,5°C, la hausse du niveau marin pourrait atteindre 0,5 à 3 mètres d’ici 2300.

En carte · AOSIS
Alliance des petits États insulaires
Les membres de l’AOSIS face au réchauffement climatique et à la montée des eaux
Carte des États membres de l’Alliance des petits États insulaires (AOSIS)
Lecture de la carte
  • En vert : États membres ou observateurs de l’Alliance des petits États insulaires (AOSIS).
  • En gris : reste du monde. La carte met en évidence la dispersion géographique des îles, des Caraïbes au Pacifique.
  • Ces États comptent parmi les plus exposés à la montée du niveau de la mer, aux cyclones et aux chocs climatiques.
Principaux membres et observateurs
Membres

Antigua-et-Barbuda, Bahamas, Barbade, Belize, Cap-Vert, Comores, Dominique, Fidji, Grenade, Jamaïque, Maldives, Îles Marshall, Maurice, États fédérés de Micronésie, Nauru, Palaos, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Samoa, Sao Tomé-et-Principe, Seychelles, Îles Salomon, Tonga, Trinité-et-Tobago, Tuvalu, Vanuatu…

Observateurs

Cuba, République dominicaine et d’autres territoires insulaires suivent de près les travaux de l’AOSIS, sans en être membres à part entière.

Source : Wikimedia Commons, « AOSIS members », carte sous licence libre.

Les tempêtes tropicales renforcées par le changement climatique représentent un autre péril majeur. L’ouragan Melissa, qui a récemment ravagé les Caraïbes, en est une illustration frappante.

Pourtant, ces États n’ont quasiment aucune responsabilité historique dans le réchauffement. Le principal émetteur de l’AOSIS, Trinité-et-Tobago, ne se classait qu’au 81ᵉ rang mondial en 2023, entre la Mongolie et la Norvège.

Un moteur des COP

Depuis l’origine, l’AOSIS s’est imposée comme une coalition influente. C’est elle qui, en 2009, força l’interruption des négociations à Copenhague pour exiger un objectif de limitation du réchauffement à +1,5°C — objectif finalement inscrit dans l’accord de Paris en 2015.

Dix ans plus tard, ce seuil est en voie d’être dépassé : 2024 a franchi symboliquement les +1,5°C (même si la référence repose sur une moyenne pluriannuelle). Nombre d’experts jugent désormais inévitable le dépassement temporaire du seuil. Face à ce constat, l’AOSIS a poussé pour la création d’un « accélérateur global de l’implémentation », destiné à renforcer l’application concrète des engagements climatiques. Un dispositif accueilli avec scepticisme, notamment parce que le texte final de la COP30 ne mentionne toujours pas la sortie des énergies fossiles.

Cas d’étude : la NDC de Cuba

Les pays de l’AOSIS ne se limitent pas à réclamer l’action des grands émetteurs : ils agissent eux-mêmes. Cuba en fournit un exemple frappant. L’île socialiste a soumis sa NDC 3.0 en février 2025, parmi les premières au monde. Elle y fixe des objectifs ambitieux : 26 % d’énergies renouvelables dans la production électrique, hausse de la couverture forestière à 33 % d’ici 2030, renforcement des capacités d’adaptation.

Le document rappelle aussi les obstacles majeurs auxquels le pays fait face, du blocus étasunien au manque de financements internationaux pourtant promis par l’accord de Paris. Illustration de la manière dont contraintes géopolitiques et vulnérabilités climatiques se cumulent pour les pays insulaires.

Les outre-mer français exclus du processus

L’AOSIS souffre néanmoins d’une absence notable : les territoires ultramarins rattachés à des États occidentaux, notamment les outre-mer français. Ceux-ci ne disposent pas de délégation propre et dépendent de la représentation française — ce qui n’était même pas le cas lors de la COP29.

Cette situation pose un problème politique et démocratique. Ces territoires affrontent des défis climatiques similaires à ceux des États insulaires indépendants, bien plus qu’à ceux de l’Hexagone, et certains expriment des aspirations claires à l’autodétermination (Polynésie, Kanaky). Paradoxalement, la France soumet des CDN spécifiques à ces territoires puisqu’ils n’appartiennent pas toujours à l’Union européenne. Leur reconnaissance comme parties indépendantes dans les négociations constituerait un progrès décisif.


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