Lors de la COP21 en 2015, le septième article de l’accord de Paris fixait « l’objectif mondial d’adaptation », censé renforcer les capacités des pays à s’adapter et accroître leur résilience face au changement climatique. Pourtant, pendant dix ans, cet objectif n’a jamais été concrètement défini. La COP30, à Belém, a enfin permis d’esquisser une première avancée en la matière.
Atténuation et adaptation
De quoi parle-t-on quand on parle d’adaptation ? Face au défi climatique, il existe deux approches complémentaires pour les politiques publiques :
L’atténuation, qui vise à limiter les émissions de gaz à effet de serre pour réduire le réchauffement climatique ;
l’adaptation, qui vise à limiter les conséquences du réchauffement climatique.
Observons que l’atténuation est intrinsèquement mondiale : les gaz à effet de serre sont relativement bien mélangés à l’échelle du globe, et en émettre en un point renforce le réchauffement partout. Autrement dit, un État pourrait avoir des émissions nulles : il subirait tout de même les effets du réchauffement climatique si les autres pays continuent d’en émettre.
Il n’en est pas de même pour l’adaptation, qui est beaucoup plus locale. Le réchauffement climatique et ses conséquences ne sont pas uniformes dans le temps et dans l’espace, et les politiques d’adaptation doivent justement tenir compte de ces variations locales.
L’adaptation enfin prise en compte ?
L’accord de Paris s’est doté de politiques d’atténuation critiquables mais pas inutiles. Si l’adaptation figure dans le texte initial, sa traduction en objectifs concrets est restée lettre morte pendant dix ans.
La COP28 en 2023 a marqué un premier tournant en lançant un plan de deux ans pour élaborer des indicateurs d’adaptation. Les négociations pré-COP de Bonn, en juin, ont ainsi abouti à la définition de 490 indicateurs, l’objectif initial étant d’en avoir 100.
La COP30 a finalement débouché sur un texte comprenant 49 objectifs et un plan de deux ans pour les mettre en place. Ce texte a toutefois été décrié par le Panama comme un « brouillon précipité ».
Une question d’équité climatique
Comment expliquer ce retard et cette faiblesse d’ambition ? Il est vrai que ce processus rencontre des obstacles techniques : comment réduire à quelques indicateurs quantifiables un phénomène aussi complexe et protéiforme que les conséquences locales du réchauffement climatique ? Mais cela n’explique pas tout, et ce retard soulève de véritables questions politiques.
Pour ce qui est du caractère local de l’adaptation – par opposition au caractère global de l’atténuation –, nous serions tenté de penser que ce retard n’est pas si grave : la coopération mondiale est indispensable pour l’atténuation, et elle existe déjà ; l’adaptation ne concernerait que chaque État individuellement, qui ne subirait que les conséquences de ses propres insuffisances.
Ce serait une vision cynique, pas totalement dénuée de logique, mais fondamentalement fausse parce qu’elle ignore les dynamiques impérialistes qui structurent les relations internationales. Depuis plus d’un siècle, les puissances impérialistes du centre du capitalisme (d’abord l’Europe de l’Ouest, puis les États-Unis) ont pillé les pays du Sud global en tirant profit d’une supériorité industrielle massivement émettrice de gaz à effet de serre.
Cette phase des relations internationales interagit désormais avec la crise climatique de la façon suivante : les pays du Nord comme du Sud subissent les conséquences du réchauffement, largement – mais pas exclusivement – alimenté par les émissions historiques du Nord.
Mais les deux n’ont pas les mêmes capacités d’adaptation. Définir des indicateurs d’adaptation est donc un enjeu profondément politique, car il permet de quantifier cette inégalité et, ultimement, de poser la question du financement de l’adaptation des pays du Sud par les pays du Nord.
Un manque d’adaptation aussi en France
Cependant, il ne faut pas conclure que les puissances impérialistes feraient au moins le nécessaire pour leur propre adaptation. Prenons le cas de la France.
Sur le papier, le gouvernement a déjà présenté trois versions du Plan National d’Adaptation au Changement Climatique (PNACC), la dernière détaillant 269 actions sur 388 pages. Pourtant, une analyse fine montre que la plupart ne sont pas de véritables mesures, mais plutôt des intentions ou des études préalables.
Par exemple : « étudier la vulnérabilité de tel système » plutôt que l’adapter concrètement.
La plupart des actions ne présentent d’ailleurs aucun financement. Vingt pour cent d’entre elles sont supposées « gratuites » y compris lorsqu’il s’agit de conduire des recherches… Et, pour 37 %, le budget reste « à définir ».
Toutes ces observations montrent la nécessité d’un sursaut mondial pour l’adaptation, aussi bien dans les États que dans les financements qui devront être fournis aux pays les plus vulnérables. La COP 30 a été un premier pas, mais il faudra aller bien plus loin.





