Dix ans déjà. Le 13 novembre 2015, Paris et la France tout entière pleuraient leur jeunesse. C’est elle qui fut visée ce soir-là : celle des terrasses, des concerts, des stades. Une jeunesse qui riait, qui aimait. Ce soir-là, l’obscurantisme religieux frappe ce que la République a peut-être de plus beau : la vie, la joie, la culture.
La douleur demeure et le souvenir est vif, comme en témoigne le nombre de Parisiens venus rendre hommage et se recueillir encore cette semaine. Le souvenir impose aussi une responsabilité : celle de regarder en face la société que la classe dominante a laissée se fracturer. Pendant que certains semaient la haine, d’autres – des milliers de jeunes – cherchaient simplement une place dans un monde qui ne leur en laissait plus. Pourquoi ces jeunes voient en l’islamisme une réponse ?
Ceux qui se radicalisent ne le font pas parce qu’ils manqueraient de morale, parce qu’ils seraient nés méchants, mais parce que la République ne leur a plus offert d’horizon. Pas les profs, pas les éducateurs, pas les travailleurs sociaux – qui sont souvent condamnés à l’exploit –, mais l’État, la société, les gouvernements successifs qui ont failli.
La République ne respecte plus le contrat social depuis trop longtemps. L’école ne tient plus sa promesse : permettre à chaque enfant de réussir, d’où qu’il vienne. Trop de jeunes sont laissés de côté, sans emploi, sans logement, sans espoir. Dix ans avant les attentats, Nicolas Sarkozy parlait de “Kärcher” : voilà ce qu’ils ont entendu du pays qui devait leur tendre la main et dessiner le chemin vers des jours heureux. C’est précisément sur ces manquements que s’appuie l’idéologie islamiste pour prospérer.
Nous, matérialistes, disons souvent à ceux qui rêvent du paradis dans les cieux : “bâtissons-le ici-bas”. Mais quand on leur offre l’enfer sur terre, que croyez-vous qu’il advienne ?
Combattre le fanatisme, c’est d’abord reconstruire la promesse républicaine. C’est rendre à chaque jeune des raisons d’espérer, de lutter, de vivre.


















