190 députés enterrent le dégel du corps électoral kanak

publié le dans
190 députés enterrent le dégel du corps électoral kanak

C’est un revers cinglant pour le gouvernement Lecornu. Le 2 avril 2026, l’Assemblée nationale a adopté une motion de rejet préalable contre le projet de loi constitutionnelle relatif à la Nouvelle-Calédonie, par 190 voix contre 107. Le texte est mort avant même l’examen de ses 3 100 amendements.

La motion a été portée par le député indépendantiste kanak Emmanuel Tjibaou, élu du groupe Gauche démocrate et républicaine, qui rassemble outre-mer et communistes. Elle a été soutenue par l’ensemble de la gauche et par le Rassemblement national.

Lire aussi : Kanaky, Nouvelle-Calédonie : comprendre la situation

Ce projet de loi visait à inscrire dans la Constitution les accords de Bougival (juillet 2025) et Élysée-Oudinot (janvier 2026), conclus sans le FLNKS, principal mouvement indépendantiste. Il prévoyait un dégel partiel du corps électoral gelé depuis 1998, c’est-à-dire l’élargissement du droit de vote aux élections provinciales à de nouvelles catégories de résidents, une mesure que le peuple kanak perçoit comme une manœuvre démographique destinée à noyer son vote. C’est exactement la même logique qui avait mis le feu à l’archipel en mai 2024, faisant 14 morts.

« Vouloir toucher au corps électoral sans négociation institutionnelle, ça veut dire qu’on n’apprend rien de ce qui s’est passé en mai 2024. »
Emmanuel Tjibaou, député de Nouvelle-Calédonie

Le député indépendantiste avait également dénoncé à la tribune que le texte rompait avec les équilibres juridiques hérités de l’accord de Nouméa, notamment par la reprise en main par l’État du statut civil coutumier kanak. Derrière les formules technocratiques, la logique coloniale reste intacte.

« Un État souverain ne peut exister à l’intérieur d’un autre. Il s’agit d’un modèle d’autonomie interne, et non d’une décolonisation externe. »
Emmanuel Tjibaou, à l’Assemblée nationale

Lire aussi : À quoi joue la France en Kanaky ?

Le gouvernement, lui, crie à l’obstruction. La ministre des Outre-mer Naïma Moutchou avait accusé les opposants au texte de jouer « dangereusement avec des allumettes », oubliant commodément que c’est Paris qui a allumé l’incendie en 2024. Lecornu, après le vote, a annoncé réunir « la semaine prochaine » les signataires de l’accord de Bougival, excluant de fait le FLNKS de toute discussion. La méthode ne change pas.

Lire aussi : « Nous ne pouvons pas être gouvernés depuis la France » martèle le Sénateur kanak Robert Xowie

La réforme est désormais dans l’impasse. Elle devrait théoriquement repartir au Sénat avant de revenir à l’Assemblée, où elle subira probablement le même sort. Pour être définitivement adoptée, elle doit réunir les trois cinquièmes des suffrages au Congrès de Versailles, un seuil que le gouvernement est très loin d’atteindre. En attendant, les élections provinciales, déjà reportées trois fois, devront se tenir avant fin juin, sans dégel du corps électoral.


Édition hebdomadaire

Mêmes rubriques