Le tribunal de commerce de Lille a validé le 20 mars la reprise d’Arc France par Timothée Durand. Derrière le « sauvetage » annoncé, 704 suppressions de postes, 200 millions d’aides publiques englouties sans contrepartie et un bassin industriel qui paye la facture d’une politique sans vision.
Un drame évité à quel prix ?
Le 20 mars dernier, le tribunal de commerce de Lille a validé la reprise du fleuron verrier d’Arques par Timothée Durand, petit-fils du fondateur historique. Si l’entreprise, placée en redressement judiciaire en janvier, espère ouvrir une nouvelle page sous le nom de « Verrerie Arc 1825 », la facture sociale est vertigineuse : 704 suppressions de postes annoncées et la fermeture d’un four.
Dans les allées de l’usine d’Arques, l’heure est à l’amertume. Autrefois leader mondial employant près de 13 000 salariés au début des années 2000, le site n’en comptera bientôt plus que 2 700. Le plan de reprise, soutenu par 50 millions d’euros d’investissements, sacrifie 704 postes sur les quelque 3 500 restants. Derrière les discours lisses de la direction prônant un « redimensionnement » pour pallier une perte nette de 32,4 millions d’euros en 2024, la réalité est violente : environ 250 salariés feront l’objet d’un licenciement sec.
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Lors de la manifestation du 16 février en soutien aux salariés d’Arc France, les jeunes communistes du Pas-de-Calais ont rencontré et dialogué avec des jeunes de tout l’Audomarois. Quasiment toutes et tous sont fils, filles, neveux ou nièces d’un employé chez Arc France. À l’annonce de la reprise, nous les avons recontactés : « On a soufflé, puis on a vu qu’il allait y avoir des licenciements. La peur a directement repris le dessus », nous confie la fille d’un salarié. Un autre nous avoue, malgré l’annonce, avoir « renoncé » à faire son intérim dans l’usine qui emploie une grande partie de sa famille.
Au lendemain de la visite à Arques du ministre de l’Industrie Sébastien Martin, plusieurs voix ont dénoncé l’incohérence du gouvernement : comment peut-on afficher une politique nationale de réindustrialisation tout en acceptant des milliers de suppressions d’emplois ? L’intervention de la sénatrice PCF Cathy Apourceau-Poly lors des questions au gouvernement a rappelé que cette relance doit tenir en trois mots : énergie, décarbonation, innovation.
Il n’y aura pas de production sans soutien massif à la décarbonation, et pas d’avenir industriel sans investissement dans l’innovation.
Comment retrouver un niveau de production de l’ordre de 150 000 tonnes tout en supprimant des postes ? Une colère partagée par le délégué syndical CGT, Frédéric Specque, qui dénonce une situation absurde où l’État refuse de mettre la main à la poche pour maximiser les départs volontaires.
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Le dossier n’est pas clos : où sont passés les millions d’euros d’aides publiques ?
Ce lourd tribut social exigé des verriers contraste de façon obscène avec la complaisance des pouvoirs publics. Près de 170 millions d’euros ont été engagés depuis 2019 en aides et prêts, atteignant même les 200 millions d’euros en dix ans selon certains observateurs locaux. Pour faciliter cette reprise, l’État, la Région et l’agglomération (CAPSO) ont encore accepté d’effacer plus de 27 millions d’euros de dettes sur un total de 37 millions.
Comme l’a pointé Cathy Apourceau-Poly, une autre voie existait : transformer ces aides colossales en une entrée de l’État au capital pour imposer une véritable vision industrielle, plutôt que d’effacer les créances sans aucune contrepartie stratégique.
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Cette reprise au goût amer pour le bassin de l’Audomarois a été marquée en parallèle par l’absence du député RN de la circonscription, Auguste Evrard. Au lieu d’affronter la casse sociale, il a tourné le dos à son territoire pour faire campagne avec Marine Le Pen dans les villes du bassin minier voisin, fuyant l’échec de sa formation dans sa propre circonscription. Tandis que l’État brade l’argent public et que le patronat prépare la fermeture d’un four, l’attitude de l’extrême droite démontre que pour elle, la défense de l’industrie et donc de la souveraineté n’est qu’un vulgaire slogan électoral.
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