Le dernier producteur français de pâte à papier menacé à Saint-Gaudens

publié le dans
Le dernier producteur français de pâte à papier menacé à Saint-Gaudens

L’usine Fibre Excellence de Saint-Gaudens est menacée de fermeture. Il est le seul site de production de pâte à papier marchande en France. La situation dépasse largement le cadre d’un conflit social. Elle pose la question de l’avenir industriel d’un territoire déjà fragilisé, mais aussi celle de la souveraineté industrielle et de la structuration de toute une filière stratégique.

Un choc social majeur pour un bassin d’emploi déjà sinistré

Implantée au cœur du Comminges, l’usine Fibre Excellence constitue l’un des derniers grands pôles industriels de la région. Elle emploie environ 280 salariés en emplois directs à Saint-Gaudens, auxquels s’ajoutent des milliers d’emplois indirects liés à la filière bois-papier : exploitation forestière, transport, maintenance, sous-traitance. Selon les syndicats, près de 10 000 emplois directs et indirects dépendent aujourd’hui des sites de Saint-Gaudens et de Tarascon-sur-Rhône dans les Bouches-du-Rhône.

Cette menace de fermeture intervient dans un territoire déjà fortement touché par le chômage. À Saint-Gaudens, le taux de chômage dépasse 20 % en 2022, bien au-dessus de la moyenne nationale de 7,9 %, selon l’Insee. La situation est similaire dans les communes voisines : à Montréjeau, le taux de chômage est également supérieur à 20 %, confirmant la fragilité structurelle de l’emploi dans le Comminges.

Dans ce contexte, la fermeture de Fibre Excellence représenterait un choc social majeur, avec un risque d’accélération de la désindustrialisation et de l’exode des travailleurs qualifiés. C’est ce sur quoi alertent les syndicats, et en particulier la CGT. Le délégué syndical du site déclarait à nos confrères de La Dépêche du Midi : « Sans aide de l’État, fin mars on n’existe plus ».

Face à cette situation, les mobilisations se sont multipliées. Le 31 janvier 2026, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées à Saint-Gaudens à l’appel des organisations syndicales et politiques. Le PCF Haute-Garonne et ses élus ont publiquement affirmé leur solidarité avec les salariés, dénonçant une situation où les travailleurs paient les conséquences de choix industriels et financiers contestés et contestables.

Ces derniers demandent notamment que la direction du site communique clairement sur les raisons du déficit annoncé, alors que les comptes sociaux 2023 et 2024 étaient excédentaires et ont permis une rémunération importante de l’actionnaire.

Dans le même esprit, les Jeunes Communistes de Haute-Garonne soulignent que cette menace n’est pas une fatalité, mais le produit d’un système qui privilégie la rentabilité financière au détriment de l’emploi et de l’intérêt général. Le MJCF réaffirme son soutien aux salariés et appelle à une intervention de l’État pour garantir la pérennité du site et des emplois, estimant que laisser fermer l’usine serait une véritable casse sociale pour la jeunesse et le monde du travail.

Une usine au cœur d’une filière stratégique pour la France

Au-delà de l’impact local, l’usine de Saint-Gaudens occupe une place centrale dans la filière forêt-bois-papier française. Fibre Excellence est en effet le seul producteur de pâte à papier marchande en France, une matière première indispensable à de nombreux usages du quotidien : papiers d’hygiène (essuie-tout, mouchoirs), emballages, papiers d’impression, jusqu’aux bulletins de vote.

La fermeture du site entraînerait une dépendance totale aux importations, affaiblissant durablement la souveraineté industrielle du pays. Les syndicats rappellent que les sites de Fibre Excellence sont les plus gros consommateurs de bois en France, structurant toute une chaîne d’approvisionnement locale. Une disparition de l’usine aurait donc des conséquences lourdes pour les exploitants forestiers, les transporteurs et l’ensemble des sous-traitants, ainsi que pour toute la filière de l’imprimerie qui verrait le coût du papier exploser.

Selon la CGT, les difficultés économiques actuelles ne relèvent pas d’un manque de savoir-faire ou de débouchés industriels, mais de facteurs structurels identifiés : une hausse de près de 50 % du prix du bois de trituration depuis 2021, un contrat de rachat de l’électricité jugé obsolète et inadapté aux coûts réels, ainsi qu’une conjoncture défavorable sur le marché mondial de la pâte à papier.

Ces constats sont également relayés par les organisations politiques. Le PCF insiste sur le fait que la France dispose de tous les atouts nécessaires pour maintenir cette production : le bois, le savoir-faire industriel et les compétences des salariés. Pour les communistes, rien ne justifie une délocalisation ou une fermeture, alors que l’actionnaire a récemment bénéficié de dividendes importants.

De leur côté, les Jeunes Communistes de Haute-Garonne mettent en avant la nécessité d’une véritable vision de la politique industrielle du pays, capable de planifier la production, d’accompagner la transition écologique sans sacrifier les filières stratégiques ni leurs travailleurs, et de développer des formations qualifiantes pour la jeunesse, notamment dans une région comme les Pyrénées où les enjeux environnementaux et industriels sont étroitement liés.

L’espoir encore permis ?

Des discussions sont en cours entre les syndicats, l’État et les représentants de l’entreprise, notamment dans le cadre du Comité interministériel de restructuration industrielle (CIRI). À court terme, des mesures de soutien de trésorerie ont été engagées, mais les représentants des salariés estiment que seules des décisions structurelles sur le prix du bois et de l’électricité permettront de garantir l’avenir des sites.

À travers le cas de Fibre Excellence, c’est donc une question centrale qui est posée : quelle place pour l’industrie dans les territoires ruraux, et quel contrôle démocratique sur des outils industriels stratégiques ?


Édition hebdomadaire

Mêmes rubriques