Ce 17 janvier 2026, l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et certains pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay) a été adopté, malgré l’opposition de plusieurs États membres de l’UE, dont la France. Ce traité, issu de treize années de négociations, ouvre la plus grande zone de libre-échange au monde.
En France, les contestations des éleveurs se font entendre depuis plusieurs années. Ils dénoncent un accord susceptible de remettre en cause la souveraineté alimentaire nationale. À l’inverse, certains segments de l’industrie agroalimentaire voient dans ce texte une opportunité économique majeure.
Que prévoit l’accord ?
L’accord de libre-échange UE-Mercosur prévoit la baisse, voire la suppression, des droits de douane sur la majorité des produits échangés entre les deux zones. Concrètement, ce sont des volumes importants de produits sud-américains qui pourraient arriver sur les étals français sans droits de douane, alors même que leurs conditions de production diffèrent sensiblement des normes européennes.
Le traité prévoit également une intensification des échanges commerciaux. C’est toutefois sur certains produits agricoles que les inquiétudes sont les plus vives. Sont notamment prévus des contingents supplémentaires de 99 000 tonnes de viande bovine, 45 000 tonnes de produits laitiers, 180 000 tonnes de sucre ou encore 45 000 tonnes de miel.
La contestation des éleveurs
L’accord fait peser une concurrence accrue sur les éleveurs français, en particulier dans les filières bovine et avicole. Selon l’Institut de l’Élevage, le coût de production de la viande bovine dans les pays du Mercosur est en moyenne inférieur de 40 % à celui observé en Europe. La suppression des droits de douane rendrait donc les produits français structurellement plus chers que leurs équivalents sud-américains.
Cet écart s’explique à la fois par une rémunération plus faible des éleveurs dans les pays du Mercosur et par des normes de production beaucoup moins contraignantes. Plusieurs hormones de croissance interdites dans l’Union européenne sont encore utilisées au Brésil, premier exportateur mondial de viande bovine. L’Institut de l’Élevage évoque des exigences très limitées en matière de bien-être animal.
Des constats similaires s’imposent dans le domaine agricole, où des produits phytosanitaires interdits en Europe restent autorisés dans plusieurs pays du Mercosur.
Dans ces conditions, la crainte exprimée par les professionnels est celle d’un alignement progressif des normes européennes sur celles du Mercosur afin de maintenir la compétitivité des exploitations. Une évolution qui ferait peser une pression supplémentaire sur les revenus des agriculteurs et des éleveurs européens.
Dans ce contexte, marqué par un sentiment de mise en concurrence jugée destructrice, de nombreuses manifestations et opérations de blocage ont eu lieu partout en France. À Paris, le 8 janvier, les Champs-Élysées ont été investis par les protestataires. Cette mobilisation s’inscrit dans un climat déjà fortement dégradé, aggravé par la crise de la dermatose nodulaire contagieuse. Aujourd’hui, 26 % des éleveurs bovins vivent sous le seuil de pauvreté.
À qui profite l’accord UE-Mercosur ?
Si l’accord a été ratifié malgré l’opposition de cinq pays, c’est qu’il présente des avantages pour certains secteurs économiques.
Le monde agricole, y compris en France, n’est pas homogène. Les viticulteurs, confrontés à une baisse historique de la consommation de vin sur le marché intérieur, voient dans l’ouverture d’un vaste marché sud-américain une opportunité, le vin français bénéficiant d’une image de produit haut de gamme.
Les intermédiaires de l’agroalimentaire figurent également parmi les bénéficiaires potentiels, en pouvant s’approvisionner à moindre coût auprès de producteurs sud-américains. Dans la même logique, la grande distribution pourrait accroître ses marges tout en proposant des prix plus compétitifs.
L’industrie de l’agrochimie constitue un autre secteur gagnant. L’intensification attendue des productions agricoles dans les pays du Mercosur entraînera une hausse de la demande en produits phytopharmaceutiques. Un contexte favorable pour des groupes comme Bayer, désormais en mesure d’exporter vers ces pays sans droits de douane. Plus largement, les secteurs industriels européens disposant d’un avantage comparatif sur leurs homologues sud-américains devraient tirer profit de l’accord.
Tous les États membres ne sont cependant pas logés à la même enseigne. L’Allemagne, forte de son industrie automobile et de ses groupes pharmaceutiques, pourrait apparaître comme l’une des grandes bénéficiaires du traité. À l’inverse, la France, puissance agricole et premier producteur de viande bovine en Europe, s’y est opposée, redoutant notamment la concurrence brésilienne.
Un impact environnemental non négligeable
De nombreuses ONG, ainsi que des instituts statistiques brésiliens et internationaux, convergent sur un constat : l’élevage bovin constitue l’un des principaux moteurs de la déforestation en Amazonie. La culture du soja destiné à l’alimentation des cheptels nécessite l’extension constante des surfaces cultivées, entraînant un recul progressif de la forêt.
L’augmentation de la production de viande bovine et de produits laitiers, requise pour répondre aux contingents d’exportation prévus par l’accord UE-Mercosur, risque d’accentuer cette pression sur les milieux forestiers.
L’Amazonie, l’un des principaux réservoirs de biodiversité de la planète et un écosystème essentiel pour la régulation climatique mondiale, se trouve ainsi directement menacée. Par ailleurs, l’intensification des échanges commerciaux entre les deux continents entraînera mécaniquement une hausse des émissions de gaz à effet de serre liées au transport.
En Europe, les éventuelles déréglementations envisagées pour faire face à cette concurrence pourraient également avoir des conséquences environnementales importantes. Le recours accru aux produits phytosanitaires accentuerait la pollution des sols et des cours d’eau, la prolifération des algues et l’érosion de la biodiversité, avec des impacts directs sur la santé humaine.


















