C’était quoi le CPE ?

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C’était quoi le CPE ?

Alors que le MEDEF propose un CPE XXL, l’Avant-Garde fait un retour sur le CPE, dit Contrat Première Embauche. Une mesure impopulaire qui a débouché sur l’un des plus gros mouvements du XXIᵉ siècle en France.

Du contrat précaire de 2006 à la lutte pour un travail digne

En 2006, De Villepin est Premier ministre de Jacques Chirac. Pour faire face au problème de l’emploi, une loi est discutée à l’Assemblée nationale : la loi « pour l’égalité des chances ». Dans ce cadre spécifique, et afin de faciliter l’embauche des jeunes de moins de 26 ans, un nouveau type de CDI est proposé : le Contrat Première Embauche (CPE). Il concernait essentiellement les entreprises privées de plus de 20 salariés.

Contrairement à son nom, ce nouveau contrat ne devait pas se réduire à la première embauche. Pendant les deux premières années du CDI devait s’appliquer une « période de consolidation », pendant laquelle l’employeur pouvait licencier sans motif. Si l’employé rompait le contrat, il était alors considéré comme démissionnaire, sans droit au chômage. C’est la mesure qui a mis le feu aux poudres.

Ce projet n’était néanmoins pas une nouveauté. En 1994, la droite et le patronat avaient déjà tenté d’introduire un contrat similaire : le Contrat d’Insertion Professionnelle (CIP). En août 2005, le Contrat Nouvelle Embauche (CNE), proche du futur CPE, était adopté par ordonnance, et ce en août, limitant les capacités de grève.

AG
Donnée · INSEE
Chômage des jeunes 15–24 ans
France, 2006 → T3 2025 (taux en %)
2006 → 2024 : −4,0 points
22,8% → 18,8%
2006 (moyenne annuelle)
22,8%
2024 (moyenne annuelle)
18,8%
T1 2025
19,2%
T2 2025
19,0%
T3 2025
18,8%
0%6%12%18%25%
Échelle : 0 → 25% de chômage.
Source : INSEE (Enquête Emploi) — 2006, 2024, T1–T3 2025.

Une jeunesse déjà fragmentée… et pourtant mobilisée

En 2006, cette proposition de CPE s’inscrivait déjà dans un contexte particulier. En 2006, le taux de chômage des 15-24 ans était de 22 %, contre 18 % aujourd’hui. Les contrats courts étaient déjà une norme d’embauche, avec une moyenne de 2 à 3 CDD avant l’obtention d’un CDI. Les stages rémunérés l’étaient sur une moyenne de 786,83 € brut par mois, contre 1 254,31 € pour le SMIC. Les jeunes représentaient déjà une part plus significative de travailleurs au SMIC (35 % contre 15 % pour l’ensemble des actifs).

À cela s’ajoute un contexte idéologique particulier : celui de l’affaiblissement de l’opposition syndicale et de l’existence d’un contre-modèle fort. Cela se traduit par une baisse du nombre de syndiqués en France. Ainsi, les effectifs de la CGT passent d’un million en 1985 à 640 000 en 2004. Le gouvernement et le patronat croyaient y voir une possibilité de passage en force.

La mobilisation qui a fait reculer Villepin

Quand le CPE est rendu public, la réaction est immédiate. Initialement portée par le MJCF et l’UNEF dès janvier 2006, la mobilisation prend de l’ampleur chez les étudiants et les lycéens. Les syndicats sont également opposés à cette réforme. Jusqu’en mars, la mobilisation s’organise essentiellement du côté des étudiants et des lycéens.

En mars, l’heure est aux manifestations. Le 14 mars, 40 000 jeunes défilent. Le 16 mars, une mobilisation plus importante rassemble jusqu’à 800 000 manifestants, rejoints par les syndicats qui appellent à la grève.

Le 17 mars, le gouvernement tente de négocier. Les syndicats refusent frontalement et les mobilisations s’intensifient. Grèves et débrayages ont lieu. Le 28 mars, ce sont près de 3 000 000 de manifestants qui défilent. C’est ce tournant qui fait vaciller le gouvernement.

En l’absence de soutien du côté des organisations de travailleurs, De Villepin annonce, le 10 avril, que les conditions ne sont pas réunies pour la mise en place du CPE. Le gouvernement annule le projet.


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