Comment l’euro mine l’économie française 

publié le dans
Comment l’euro mine l’économie française 

L’Europe contre la souveraineté.

En 1800, la première banque centrale française est créée afin de diriger la politique monétaire du pays. Elle est alors contrôlée par un système d’actions, aux mains de la bourgeoisie française. En 1945, à la Libération et sous l’influence du Parti communiste, la Banque de France est nationalisée. La question monétaire devient alors une question démocratique, se substituant aux logiques capitalistes.

En 1992, le traité de Maastricht, soutenu par la droite et le Parti socialiste, crée une monnaie unique : l’euro, ainsi qu’une banque centrale chargée de la contrôler : la Banque centrale européenne (BCE). Selon la théorie libérale, cette banque devait être indépendante du pouvoir politique et dirigée par des technocrates.

Ses dirigeants sont cependant tous issus du même milieu, favorable aux politiques de l’offre, chères au grand patronat.

À sa création, l’euro adopte la valeur du Mark, la monnaie allemande. La France perd ainsi, en même temps que sa souveraineté monétaire, une part essentielle de sa souveraineté économique.

L’euro : l’ennemi de l’industrie française

En 2024, le solde de la balance commerciale française était déficitaire. La question monétaire n’y est pas étrangère.

La monnaie est un outil au service des États, leur permettant d’agir sur les exportations et les importations.

À plusieurs reprises, la France a baissé la valeur de sa monnaie pour renforcer la compétitivité de son industrie. Cela lui a permis de rendre ses produits manufacturés moins chers à l’exportation, tout en augmentant le prix des produits importés.

Calqué sur le Mark, l’euro favorise au contraire l’Allemagne, qui a bénéficié d’investissements massifs des États-Unis et dont les salaires sont historiquement plus faibles qu’en France. Résultat : selon une étude du Centre de politique européenne, la France et l’Italie sont les grandes perdantes de l’intégration monétaire européenne.

La France et l’Italie sont les grandes perdantes de l’intégration monétaire européenne.

Face à cette situation, pour rester compétitifs, les industriels français n’ont que peu d’options : baisser leurs taux de profit, réduire les salaires, augmenter la productivité grâce à des investissements, ou délocaliser. C’est cette logique qui sous-tend les dernières fermetures de sites, comme celles du groupe sidérurgique ArcelorMittal.

Sans levier monétaire, l’État français est impuissant. Les investissements massifs nécessaires à un plan crédible de réindustrialisation se trouvent ainsi compromis par le système de monnaie unique.

Pays de la zone EuroEffet économique 1999-2017Effet économique 1999-2017 par habitant
Allemagne+1893 milliards d’euros+23 116 euros
Pays-Bas+346 milliards d’euros+21 003 euros
Grèce+2 milliards d’euros+190 euros
Espagne-224 milliards d’euros-5031 euros
Belgique-69 milliards d’euros-6370 euros
Portugal-424 milliards d’euros-40 604 euros
France-3591 milliards d’euros-55 996 euros
Italie-4325 milliards d’euros-73 605 euros

La BCE, une banque au service du patronat

La BCE ne peut pas prêter directement aux États. Elle prête à des banques et fonds privés. C’est pourquoi l’État français doit désormais se financer sur les marchés financiers, où les capitalistes prêtent de l’argent à un certain taux d’intérêt.

La dette française devient ainsi un carcan : ce système permet aux capitalistes d’imposer leurs politiques économiques. En usant de la menace d’une hausse des taux d’intérêt, et sans que la France puisse diriger sa politique monétaire, ils font planer le spectre de la banqueroute.


Édition hebdomadaire

Mêmes rubriques