Comprendre la victoire de l’extrême droite au Chili

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Comprendre la victoire de l’extrême droite au Chili

La dictature à anéanti le système d’éducation en le rendant concurrentiel et onéreux. En 1981, les universités chiliennes deviennent payantes et le système universitaire chilien est aujourd’hui l’un des plus chers au monde en comparaison du niveau de vie de la population locale. En 2011, le ministère de l’éducation prend la décision de remplacer le terme de « dictature militaire » par « gouvernement militaire » dans l’ensemble des manuels scolaires.

Une mémoire inachevée

Repères · Contexte
Kast et l’héritage de la dictature
Continuités idéologiques et mémoire non soldée

José Antonio Kast est élu président du Chili cinquante ans après le coup d’État militaire. Son parcours familial et politique s’inscrit dans une continuité assumée avec les soutiens civils de la dictature.

Le régime militaire a causé la mort et la disparition de plus de 3 000 personnes et la torture de dizaines de milliers d’opposants. Pourtant, son socle politique n’a jamais disparu.

Ce courant a entretenu le négationnisme et le récit du « miracle économique », contribuant à banaliser l’héritage autoritaire dans le débat public chilien.

L’Avant-Garde

Si des commissions d’enquêtes sont réalisées dès les années 1990 pour documenter les violations des droits humains commises durant la dictature, ce n’est qu’en 2010 que le musée de la mémoire et des droits de l’homme voit le jour. En 2023, 50 ans après le coup d’État, l’actuel président Boric lance une campagne nationale de recherche de la vérité sur les disparus de la dictature. Ces politiques de mémoires collectives sont extrêmement tardives et fragiles. Le Chili n’est pas parvenu à mettre en place des politiques nationales mémorielles suffisamment solides pour influencer l’opinion publique. L’accession de Kast à la présidence démontre la défaite de la gauche chilienne dans la bataille culturelle.

Le verrou institutionnel hérité de la dictature

À gauche, le président Boric, figure du mouvement étudiant de 2011 et soutien des révoltes de 2019, n’a su aller au bout de ses promesses électorales, celles d’une transformation profonde du Chili et le rétablissement d’un État social. En effet, pour que des réformes de justice sociale émergent, il est nécessaire de modifier la constitution actuelle mise en place durant la dictature militaire. Pourtant, en 2022, une première tentative de réécriture de la constitution est rejetée par référendum, jugée trop radicale.

De ce fait, les réformes de justice sociales menées par le gouvernement Boric sont heurtées par les contraintes qu’impose la constitution actuelle. Aucun changement radical ne peut être mené par la gauche chilienne tant que la constitution n’est pas modifiée.

Une gauche affaiblie

Bien qu’étant le pays le plus long du monde, 33% de la population locale vit dans la capitale. Résultat, il existe, au nord comme au sud, de nombreuses bourgades d’une trentaine d’habitants.Peu d’organisations parviennent à s’implanter dansces villages très peu peuplés. Les médias y disposent ainsi du monopole de la diffusion des idées. La lutte contre la criminalité, le trafic de drogues et l’immigration ont primé aux revendications portées par les communistes, à savoir : la hausse du salaire minimum, une transformation du système des retraites et la réduction du temps de travail.

Analyse · Campagne
Peur sécuritaire et récit médiatique
Les ressorts centraux de la campagne présidentielle
  • Les médias chiliens, concentrés entre quelques groupes privés, ont amplifié les thématiques sécuritaires.
  • Les faits divers impliquant des immigrés ont été surmédiatisés et politisés.
  • Bien que le Chili reste l’un des pays les plus sûrs d’Amérique latine, une majorité de la population perçoit une hausse de la criminalité.
  • L’immigration, phénomène récent, est devenue un thème central de la campagne de l’extrême droite.
L’Avant-Garde

Tout au long de sa campagne, Jeannette Jara a joué la carte de la prudence et de la non-radicalité. Elle a été force de proposition sur les débats imposés par l’extrême-droite et a su convaincre toute la gauche. C’est cette stratégie qui, dans le contexte politique chilien, lui a permis d’arriver en tête du premier tour et d’atteindre les 40% de vote au second tour.

Repères · Stratégie
Jeannette Jara et la stratégie de prudence
Une gauche unie mais contrainte

Tout au long de la campagne, Jeannette Jara a choisi une ligne de non-radicalité, répondant aux thèmes imposés par l’extrême droite.

Cette stratégie lui a permis de rassembler l’ensemble de la gauche et de dominer le premier tour.

Elle atteint 40 % des voix au second tour, sans toutefois parvenir à inverser la dynamique nationale.

L’Avant-Garde


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