Si la situation des jeunes sur le marché du travail est préoccupante, le MEDEF n’entend pas rester les bras croisés. Afin de préparer le travail de fond pour 2027, l’organisation patronale a présenté ses propositions choc pour la jeunesse : un « CDI Jeune », qui rappelle le CPE de 2006.
Où en sommes-nous ?
La question de l’emploi des jeunes est une question essentielle. En 2024, 18,8 % des actifs âgés de 15 à 24 ans étaient au chômage, contre 7,5 % pour l’ensemble des actifs. Si la situation s’est améliorée entre 2012 et aujourd’hui, passant de 25,2 % à 18,8 %, la situation reste néanmoins préoccupante.
En 2024, 14,2 % des jeunes actifs ayant terminé leurs études initiales depuis moins de quatre ans sont au chômage, tandis que 22,6 % occupent un CDD. Pour ce qui est des jeunes de 15 à 29 ans qui ne sont ni en emploi, ni en formation, ni en études, les « NEET », le chiffre se stabilise autour de 12,2 % depuis 2019.
Concernant le type d’emploi, les contrats précaires se sont développés. Les chiffres de l’Unédic démontrent qu’entre les années 1980 et les années 2000, les CDD et les contrats intérimaires sont devenus une norme d’embauche. En 2022, les CDD représentaient 9,3 % de l’emploi salarié total et les contrats intérimaires 2,4 %, contre respectivement 3,9 % et 0,5 % en 1982.
La proposition du MEDEF
C’est dans ce contexte que le MEDEF a fait aux syndicats plusieurs propositions pour, soi-disant, lutter contre une « entrée sur le marché du travail reste tardive et semée d’embûches ». Celles-ci dressent le cadre de règles d’embauche et de rémunération spécifiques aux jeunes.
La première proposition du MEDEF est celle d’un CDI qui pourrait être rompu sans motif pendant les trois premières années. Un contrat inspiré du contrat à droits progressifs qui prévaut en Italie. La note patronale précise qu’elle toucherait spécifiquement les jeunes peu ou pas diplômés. Une indemnisation croissante serait pensée selon la durée de travail effectuée.
La seconde proposition touche à la rémunération. Pour le MEDEF, la rémunération des jeunes « peut parfois constituer un frein à l’embauche de certains primo-entrants ». L’organisation propose un SMIC jeune aux alentours de 80 % du SMIC.
Le troisième frein que le MEDEF entend rompre est celui du cadre légal autour des contrats courts. Aujourd’hui, pour recourir aux contrats courts, les entreprises doivent justifier d’un motif. Le MEDEF entend le supprimer. De même qu’il souhaiterait supprimer le délai de carence entre deux CDD.
Enfin, la dernière proposition concerne les étudiants salariés. La loi oblige les temps partiels à être d’au moins 24 heures hebdomadaires. Une obligation peu respectée mais existante, que le MEDEF entend supprimer afin de faciliter l’accès des étudiants au marché de l’emploi.
Une lutte politique de profondeur
Face à la polémique, le MEDEF se défend en affirmant qu’il « ne s’agit que d’une piste de réflexion, parmi d’autres évoquées par Patrick Martin ». Loin d’un simple ballon d’essai, il s’agit d’un combat politique de profondeur. Pour le président du MEDEF, la jeunesse est présentée comme une priorité.
Ainsi, en octobre 2025, l’organisation patronale avait formulé 13 propositions pour la jeunesse. Parmi celles-ci figurait déjà l’idée d’un cadre « spécifique de la relation de travail », dont l’objectif était avant tout de garantir aux employeurs visibilité et flexibilité, puis sécurité aux jeunes.
Matignon a fait savoir que la proposition n’était « aucunement à l’ordre du jour du gouvernement » et a renvoyé le MEDEF à la présidentielle de 2027. Pour l’heure, les propos les plus clairs sur le sujet proviennent encore des conseillers de Matignon, dont l’un déclarait que « mettre les gens dans la rue, je ne suis pas certain que ce soit la meilleure chose à faire à quinze mois d’une présidentielle ». De quoi satisfaire le MEDEF qui, ayant une fois de plus dévoilé ses priorités, peut engager des négociations de profondeur à l’approche des échéances électorales.


















