Crise agricole : à qui profite le crime ?

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Crise agricole : à qui profite le crime ?

Depuis plusieurs semaines, la colère agricole ressurgit. Elle est à la fois portée par la crise sanitaire liée à la dermatose nodulaire contagieuse et par la perspective de l’accord de libre-échange entre l’UE et le MERCOSUR. Ce que vivent les agriculteurs aujourd’hui n’est pas un accident : c’est le résultat d’un système. Cette crise n’intervient pas comme un coup de tonnerre dans un ciel bleu. Cela fait longtemps que pour les agriculteurs, le temps est maussade. 

Tout le monde le dit : le métier d’agriculteur est l’un des plus rude qui soient. Pas de week-end, peu ou pas de vacances, des journées interminables, et pour beaucoup, un revenu indigne. La vraie question n’est donc pas de constater la souffrance, mais de se demander : à qui profite le crime ?

La réponse est toujours la même. En amont, les géants de l’agrofourniture imposent leurs prix pour les semences, les engrais, les pesticides, les machines. En aval, l’agroalimentaire (Nestlé, Lactalis…), la restauration industrielle (McDonald’s) et la grande distribution (Leclerc, Carrefour…) écrasent les producteurs. Ces multinationales ne regardent ni la santé des consommateurs, ni les conditions de travail des paysans : elles regardent le cours de la bourse. Voilà les véritables profiteurs de crise.

L’accord avec le MERCOSUR ne ferait qu’aggraver cette logique, en mettant les agriculteurs français en concurrence avec des productions sud-américaines soumises à des normes sociales, sanitaires et environnementales bien plus faibles. Comme toujours, l’Union européenne organise la concurrence entre travailleurs au seul bénéfice du capital. Après tout, elle fait ce qu’elle sait faire de mieux ! On ne peut pas demander au loup de devenir herbivore. 

C’est dans ce contexte explosif qu’éclate une crise sanitaire grave. Le plus inquiétant, c’est la défiance immense qui s’est installée : défiance envers le politique, mais aussi envers les scientifiques. Derrière cette crise, il y a des années de mépris, d’injonctions contradictoires et de gouvernements successifs qui pensent les intérêts du marché avant ceux des agriculteurs et des consommateurs. Évidemment que la confiance est rompue et que les décisions sanitaires qui doivent être prises sont accueillies avec défiance.

Les plaies sont béantes. Elles mettront du temps à se refermer.

Une chose est sûre : seules des réponses rompant avec les logiques du capital permettront de faire face aux crises sanitaires présentes et à venir. Il faut un grand service public vétérinaire, des moyens pour l’installation en zones rurales, un plan public de production et d’acheminement des vaccins, une recherche publique en agronomie renforcée, des places dans les filières agricoles. 

La planification n’est pas un gros mot : c’est une condition de la justice, de la sécurité sanitaire et de l’apaisement.


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