Depuis sa privatisation en 2010, La Poste fait face à la chute du courrier et à la concurrence des géants de la logistique. Les contraintes financières imposent une diversification des sources de revenus, des activités bancaires et téléphoniques jusqu’à la vente au guichet de produits extérieurs. Si le capital reste public, la logique désormais pleinement commerciale donne lieu à des dérives préoccupantes et à la vente de produits de plus en plus étrangers à l’intérêt général.
Pseudo-sciences et propagande religieuse dans les bureaux de poste
Dans les bureaux de plusieurs départements, les comptoirs sont accompagnés de porte-brochures dignes d’une station-service. Cahiers de coloriage, stylos, gadgets, et sous l’affiche ironique de « Compagnon du savoir », des fascicules pseudo-scientifiques et religieux. « Les pierres qui guérissent », « Les chakras », « Les saints guérisseurs »… Ce mélange de pseudo-sciences, d’ésotérisme et de religiosité témoigne des dérives d’un service public soumis aux logiques commerciales.
Vendre un timbre et, juste à côté, un livret expliquant comment prier — voilà les conséquences concrètes d’un intérêt général qui doit être rentable et concurrentiel.
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Le scandale ne tient pas qu’à la pauvreté intellectuelle de ces publications, mais à leur légitimation implicite. Vendues dans un lieu perçu comme public, ces brochures bénéficient d’un sceau de confiance que n’aura jamais le rayon presse d’un supermarché, où la frontière entre information publique et manipulation disparaît. Dans une République laïque, où les campagnes de santé publique alertent contre les dérives pseudo-médicales, ce positionnement est incohérent et dangereux.
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Les usagers mis en danger par un service public national à la dérive
Repérés d’abord à Saint-Denis, puis à Paris, ces étalages ne se limitent pas à des cas isolés. Des fascicules identiques ont été retrouvés en Bretagne et dans d’autres territoires : il s’agit vraisemblablement d’une pratique étendue à l’échelle nationale. Jusqu’où peut aller l’autofinancement d’un service public ? La Poste contrôle-t-elle le contenu des publications qu’elle autorise à la vente dans ses bureaux ? Si oui, en laissant circuler des brochures aux thèses pseudo-scientifiques et religieuses, cautionne-t-elle, au nom de la rentabilité, la commercialisation de produits susceptibles de mettre en danger les publics les plus vulnérables ?
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La confusion entre la mission d’intérêt général et les objectifs commerciaux sape la neutralité du service public. Sous couvert de diversification, La Poste est infiltrée par le marché de la crédulité. La confiance des usagers du service public monétisée au profit des croyances — que reste-t-il de La Poste ? Son logo, sa couleur jaune, et la mémoire d’un lieu où l’on venait poster une lettre, pas acheter un miracle.
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Malgré nos sollicitations, La Poste n’a pas donné suite à nos demandes.


















