Égalité femmes-hommes : le budget 2026 au banc des accusés

publié le dans
Égalité femmes-hommes : le budget 2026 au banc des accusés

Emmanuel Macron avait fait de l’égalité femmes-hommes « une grande cause nationale ». Cette promesse, martelée tout au long de ses quinquennats, visait à donner l’image d’un pouvoir progressiste et engagé. Mais à l’épreuve des faits, les mots se heurtent à la réalité budgétaire. La lecture du projet de loi de finances (PLF) et du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2026 révèle un décalage criant entre les discours affichés et les choix opérés.

L’année 2026 marque une nouvelle étape dans cette rupture. Malgré l’engagement répété de ne pas y recourir, le gouvernement a fait adopter le PLF par l’article 49, alinéa 3 de la Constitution. Le budget s’inscrit dans la continuité des politiques néolibérales d’austérité menées sous la présidence Macron. Loin d’être neutres, ces choix frappent en priorité les femmes, et plus particulièrement celles issues des classes populaires. Travailleuses, usagères des services publics, principales responsables du travail domestique et du soin : elles cumulent les effets de cette politique budgétaire. Sans prétendre à l’exhaustivité, voici les principaux enseignements à retenir.

Un budget d’austérité aux effets genrés

Le PLF 2026 repose sur une orientation centrale : la réduction des dépenses publiques afin de contenir le déficit. Présentée comme une nécessité économique, cette stratégie a pourtant des conséquences sociales très concrètes, qui touchent de manière disproportionnée les femmes.

Les premières victimes de ces coupes sont les services publics. La baisse des moyens alloués se traduit directement par une dégradation des conditions de travail et une stagnation des salaires. Or, les femmes y sont largement surreprésentées : en 2022, elles constituaient 63 % des effectifs de la fonction publique, et jusqu’à 78 % dans les secteurs du soin et de l’éducation.

En chiffres · emploi public
LES FEMMES, MAJORITAIRES DANS LES SERVICES PUBLICS
Une austérité qui touche en priorité les travailleuses
Fonction publique (ensemble)
63 % de femmes
Santé et éducation
78 % de femmes
Source : INSEE / DGAFP, 2022

Après plusieurs années d’austérité, ce nouveau budget vient aggraver la situation de services publics déjà fragilisés. Santé, social, éducation, petite enfance : ces domaines très féminisés subissent une pression accrue. Les travailleuses font face à des manques de moyens chroniques, à la surcharge des effectifs, à la dégradation des conditions de travail, à des salaires gelés et à des pénuries de postes. Ces difficultés ont des répercussions directes sur les usagers, qui constatent la dégradation du service rendu et perdent confiance dans l’institution publique.

Une « grande cause nationale » sans moyens

L’égalité femmes-hommes a été présentée comme l’un des piliers de la politique d’Emmanuel Macron. Pourtant, les moyens qui lui sont réellement consacrés restent dérisoires au regard du budget de l’État. Pour 2026, l’enveloppe dédiée atteindrait 95,6 millions d’euros, répartis entre différents dispositifs.

Rapportée à un budget national qui se chiffre en centaines de milliards, cette somme apparaît marginale. Cette sous-dotation chronique empêche toute politique ambitieuse, tant en matière de lutte contre les violences faites aux femmes que d’égalité professionnelle. Un budget sans remise en cause structurelle ne peut prétendre corriger des inégalités profondément enracinées.

Les fondements économiques et sociaux des inégalités ne sont jamais interrogés. Le gouvernement multiplie les discours favorables à l’égalité, mais se refuse à « remuer la fourmilière ». Le féminisme institutionnel qui en résulte reste largement symbolique, vidé de sa substance matérielle, car il évite toute remise en cause des rapports de production. Prétendre lutter contre les inégalités de genre tout en menant des politiques qui fragilisent les services publics, précarisent l’emploi et compressent les salaires relève d’un paradoxe évident, tant les femmes en sont les premières victimes.

Le poids invisible du travail domestique

L’un des impacts majeurs du PLF 2026 sur les femmes réside aussi dans ce qu’il ne dit pas. Une fois encore, le travail domestique et le soin à la personne demeurent invisibles et non reconnus. Cette omission pèse lourdement sur les femmes et contribue au bon fonctionnement du système économique.

En réduisant les moyens des services publics et des politiques sociales, l’État transfère implicitement ces charges vers la sphère privée. Les femmes subissent alors une double journée de travail. Bien avant leur accès au marché du travail, elles assumaient déjà l’essentiel du travail domestique, un travail sans pauses ni congés, invisibilisé et non rémunéré. Depuis l’obtention du droit de travailler en 1944, il leur est attendu de cumuler emploi salarié et responsabilités familiales.

Aujourd’hui encore, la répartition des tâches domestiques demeure profondément inégalitaire. La dégradation des conditions de travail s’accompagne d’une augmentation du travail domestique et du soin, chargé de compenser les carences de l’État. Faute d’infrastructures suffisantes pour la garde d’enfants, l’accompagnement des personnes âgées ou dépendantes, ces responsabilités retombent majoritairement sur les femmes. Elles deviennent les variables d’ajustement de l’austérité.

Précarité et pauvreté féminines aggravées

Cet alourdissement du travail domestique rend les femmes plus exposées à la précarité professionnelle. En 2023, elles représentaient 26,5 % des emplois à temps partiel, contre 8,7 % pour les hommes. Dans la fonction publique, cette proportion atteignait 33 %. Le budget 2026 ne prévoit aucune mesure structurelle pour réduire le recours à ces formes d’emploi précaires.

En chiffres · précarité de l’emploi
LE TEMPS PARTIEL, UNE RÉALITÉ MASSIVEMENT FÉMININE
Un levier central de la précarité des femmes
Femmes (ensemble)
26,5 %
Hommes
8,7 %
Femmes dans la fonction publique
33 %
Source : INSEE, 2023

À cela s’ajoutent le gel des prestations sociales et les attaques indirectes contre la protection sociale, qui contribuent à aggraver la pauvreté féminine. Le budget repose ainsi sur une exploitation silencieuse du travail gratuit des femmes, indispensable à la reproduction sociale du capitalisme. Ce travail reste invisible dans les comptes publics, tout en servant de variable d’ajustement aux politiques d’austérité.

Les secteurs majoritairement féminins, déjà sous tension, sont à nouveau les plus durement touchés par les coupes budgétaires. Derrière les discours officiels sur l’égalité se dessine une réalité bien différente : celle d’un féminisme de façade, utilisé comme outil de communication.

L’égalité sacrifiée aux intérêts du capital

Faire de grands discours sur l’égalité sans transformer en profondeur les structures économiques et sociales revient à produire un féminisme symbolique, déconnecté des réalités matérielles. L’émancipation des femmes apparaît incompatible avec un budget soumis aux intérêts du capital.

Un chiffre rappelle brutalement les conséquences de cette inaction : en France, en 2025, 167 femmes sont mortes parce qu’elles étaient des femmes. Année après année, ce nombre augmente. En refusant de mettre en place des politiques ambitieuses et dotées de moyens réels, l’État se rend complice de ces violences. Le budget 2026 en est une illustration supplémentaire.


Édition hebdomadaire

Mêmes rubriques