En Corrèze, les lycéens agricoles entrent dans la lutte paysanne

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En Corrèze, les lycéens agricoles entrent dans la lutte paysanne

De la cour du lycée au rond-point

En Corrèze, des lycéens et apprentis du lycée agricole Edgar-Pisani de Naves se sont mobilisés aux côtés de syndicats paysans contre la gestion gouvernementale de la dermatose nodulaire contagieuse et le traité de libre-échange entre l’Union européenne et le MERCOSUR. Une mobilisation portée par une jeunesse agricole qui dénonce le mépris institutionnel dont elle est victime.

En Corrèze, la mobilisation contre la gestion sanitaire par le gouvernement de la dermatose nodulaire et contre le traité de libre-échange entre l’UE et le MERCOSUR bat son plein. Depuis 9 h du matin, c’est sur le rond-point de l’autoroute, près de Tulle, que des lycéens et apprentis du lycée agricole Edgar Pisani à Naves se mobilisent en distribuant des tracts aux automobilistes et en adressant un message sur une banderole : « Sauvons notre avenir ». Ils sont rejoints par les tracteurs de la Confédération paysanne, de la Coordination rurale et du MODEF, mais aussi par des citoyens qui ont répondu à l’appel des étudiants, lesquels ont constitué leur propre mouvement.

Menaces disciplinaires et tentatives d’intimidation

Tout a commencé par un débat qui a eu lieu dans l’une des cours du lycée, selon Lohann, l’un des instigateurs du mouvement et porte-parole désigné par ses camarades auprès des quelques journaux locaux qui ont bravé le froid des matinées hivernales corréziennes. S’en est suivi le désir de s’organiser et d’entrer dans le mouvement social, d’abord en réalisant une affiche qui a été placardée dans le lycée. Cela n’a pas plu à la direction, qui a menacé les élèves de poursuites disciplinaires ou d’appeler la police ou la DRAF, l’équivalent du rectorat pour l’enseignement agricole.

Cette stratégie est couramment utilisée pour dissuader les jeunes de se mobiliser, comme dans le lycée général voisin Edmond-Perrier à Tulle, où des membres des Jeunes communistes ont été sanctionnés administrativement lors du mouvement des retraites. Cela n’a pourtant pas découragé ces étudiants, qui se sentaient « obligés de manifester » face au mépris du gouvernement, et alors que « demain, ce sera nous dans les fermes », d’autant plus que certains d’entre eux sont en apprentissage et travaillent déjà en partie dans les exploitations.

Ils ont également été encouragés par un soutien syndical, puisque les trois syndicats qu’ils ont sollicités sont présents aujourd’hui, sans la FNSEA, le syndicat majoritaire et soutien des politiques du gouvernement, précise Lohann. Cette mobilisation a aussi eu une résonance politique, se félicite-t-il, avec un soutien affiché par le PCF par l’intermédiaire d’une lettre, et par la présence sur le rond-point de la députée Manon Meunier.

Cela n’a pas empêché un dernier coup de force de la direction du lycée, qui a essayé de retenir les élèves dans les salles et a menacé ceux qui dorment à l’internat de leur en refuser l’accès le soir s’ils quittaient les cours pour se rendre à la manifestation.

Mépris institutionnel et colère sociale

Pour Lohann, il existe un mépris envers les élèves de CAP et les paysans : « en maths, on apprend à diviser avec des jetons comme les CP ». Mépris également dans la gestion par le gouvernement de la DNC, à travers une politique d’abattage total, défendue quelques semaines plus tôt lors d’une réunion de la chambre d’agriculture, au cours de laquelle plusieurs paysans sont partis, faute d’avoir obtenu la parole ou des réponses à leurs questions.

Lohann défend une autre manière de produire, qui aurait pu réduire la gravité de la crise : la polyculture-élevage, avec des troupeaux à la fois de bovins et d’ovins, ce qui atténuerait les conséquences sur une exploitation. Pour lui, l’agriculture s’industrialise, avec de plus en plus de chefs d’entreprise et de moins en moins de paysans, et il récuse même le terme d’« agriculteur » : « nous ne sommes pas des agriculteurs, nous sommes des paysans ». Il regrette aussi que ce métier soit en train de disparaître, menacé notamment par les fermes-usines, dans un contexte de concurrence aggravée par le traité du MERCOSUR, qui, selon lui, n’arrange que les pays automobiles au détriment des pays agricoles.

Pourtant, il l’annonce, la mobilisation va continuer, car « nous avons une fierté et une rage de nous battre que d’autres métiers n’ont pas ».


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