Un rapport récent de la DARES sur les mobilisations sociales en 2024 pointe une période de reflux. Des chiffres qui interrogent les stratégies syndicales et politiques pour implanter et faire durer les mouvements sociaux.
Une diminution des mobilisations
Ce que montre le rapport, d’abord, c’est la faiblesse des mobilisations en 2024. Cela s’explique notamment par un reflux après l’année historique de 2023, marquée par la lutte contre la réforme des retraites.
Malgré le reflux, un lien peut être établi entre la taille des entreprises, l’implantation syndicale et la mobilisation sociale. Ainsi, 23,4 % des entreprises de plus de 500 salariés ont connu au minimum un jour de grève en 2024, contre seulement 0,8 % des PME de 50 salariés ou moins, tous secteurs confondus.
Cela semble se confirmer en particulier dans les secteurs phares : l’industrie, les transports et l’entreposage, l’enseignement, la santé et l’action sociale. Des secteurs ayant un taux de syndicalisation plus fort et davantage de structures militantes locales.
Précision côté industrie. Si la présence de grève, qui se lit par le taux d’entreprises ayant connu au moins un jour de grève dans l’année (1,6 % nationalement, 2,5 % dans l’industrie), diffère selon les secteurs d’activité. Ce taux monte ainsi à 5,5 % pour l’industrie des transports, 4,3 % pour l’industrie des machines et de l’électronique, 4,2 % pour l’industrie extractive et énergétique.
Après les mobilisations nationales, les sujets locaux
Autre point intéressant que pointe le rapport : un recentrage vers les sujets locaux. En l’absence de lutte nationale, ce sont les sujets locaux qui structurent les conflits sociaux.
La part de conflits nés de problématiques internes exclusivement bondit de 15 % à 46 % entre 2023 et 2024. Tandis que les problématiques sectorielles ou interprofessionnelles, qui motivaient les grèves dans 70 % des cas en 2023, descendent à 45 % des entreprises qui en ont déclaré en 2024.
Là aussi, l’industrie, les transports et l’entreposage font figure de proue avec respectivement 55 % et 50 % des grèves. Les sujets en question sont principalement tournés vers les revendications salariales (56 %), suivies des conditions de travail (34 %).
Une capacité à organiser la conflictualité qui peut s’expliquer par l’existence d’un travail de long terme d’implantation et de construction de structures locales. Des structures qui permettent, en période de reflux, de maintenir une certaine présence.
Quelle perspective ?
Si l’on observe la période allant de 2008 à 2024, on observe une faiblesse générale de la mobilisation. Si le nombre moyen de jours de grève pour 1 000 salariés est d’environ 105 jours par an, contre 62 pour 2024. La médiane est d’environ 80 jours par an.
Pour autant, cette moyenne est portée par des mobilisations nationales régulières (2010, 2016, 2019, 2023). Si l’on en fait abstraction, la moyenne tombe plutôt aux alentours de 80 jours par an.
Des chiffres qui interrogent donc les stratégies d’organisation et d’implantation, tout comme l’articulation entre mobilisations et reflux nationaux. De quoi réfléchir en attendant ceux de 2025.


















