Il aura donc fallu une nouvelle séquence politique pour que le gouvernement fasse mine de découvrir l’état alarmant de l’ESR. Comme si la situation financière des universités françaises était une révélation. Comme si les alertes répétées des présidences d’université, des personnels et des organisations syndicales relevaient de l’exagération.
Le président de France Universités l’a lui-même rappelé : « La France ne peut pas continuer à sous-financer ses universités à l’heure où la compétition internationale s’intensifie. » Le constat est partagé bien au-delà des portes des amphithéâtres.
C’est donc en feignant le manque de visibilité sur la situation que Philippe Baptiste a remis sa lettre de mission pour des « Assises du financement de l’ESR » : six mois pour « bâtir un socle d’analyse partagé et objectivé sur la réalité du financement des universités, leurs contraintes structurelles et leurs leviers d’action ».
L’outil est connu : assises, Grenelle, consultations… autant de dispositifs qui, trop souvent, servent à diluer les responsabilités et à gagner du temps plutôt qu’à engager de véritables choix budgétaires.
Ne soyons pas naïfs. Cette nouvelle séquence de concertation ne nous mènera probablement nulle part. Et si, par exception, elle devait déboucher sur des décisions concrètes, nous ne nous faisons guère d’illusions sur leur nature. Les syndicats s’inquiètent déjà d’une possible hausse des droits d’inscription.
L’ESR mérite mieux qu’un exercice de communication. Il mérite un engagement financier à la hauteur des enjeux scientifiques, sociaux et démocratiques. Car derrière les lignes budgétaires, il y a une question simple : quelle société voulons-nous construire ? Une société où l’université est un bien commun accessible à toutes et tous, ou un service dont le prix devient un moyen de sélection supplémentaire ?
À l’heure des grands discours sur la compétitivité et l’innovation, il serait temps que les actes suivent.


















