Du 1er au 17 février 2030 se tiendra la 26e édition des Jeux olympiques d’hiver. Ceux-ci auront lieu en France à travers une dizaine de sites de compétition et cinq villages olympiques répartis dans quatre départements couvrant les Alpes : la Savoie, la Haute-Savoie, les Hautes-Alpes et les Alpes-Maritimes. Alors qu’une partie de la France espère recréer l’effervescence et les retombées économiques des Jeux olympiques de Paris en 2024, d’autres dénoncent un non-sens écologique aux conséquences sociales délétères.
Mythes et espoirs des JO d’hiver
Les JO d’hiver 2030 seront les quatrièmes organisés par la France, après ceux de Chamonix en 1924, de Grenoble en 1968 et d’Albertville en 1992. Ces éditions sont restées dans les mémoires comme des moments d’euphorie ayant contribué à la démocratisation des sports d’hiver auprès du grand public. Des installations ont été construites, des stations de ski ont été créées et des sports sont devenus populaires, comme le ski nordique. Ces Jeux ont aussi été l’occasion d’investir massivement dans des infrastructures de transport et de télécommunications encore utilisées aujourd’hui. Enfin, l’intense couverture médiatique des Jeux en a fait des moments de prédilection pour diffuser des messages de paix, mais aussi pour accroître l’attractivité des régions hôtes.
Cependant, le bilan des précédentes éditions est mitigé. Les nombreuses dépenses portées par l’État et les collectivités, notamment dans des infrastructures peinant à être rentables après les Jeux, sont régulièrement dénoncées. À titre d’exemple, la gestion du stade de glace construit pour les JO d’hiver de Grenoble en 1968, aujourd’hui reconverti en Palais des Sports, demeure nettement déficitaire. Les délais restreints pour les travaux d’aménagement peuvent conduire à des conditions de travail dégradées, voire illégales. Enfin, le concept même de JO d’hiver sur une planète en plein réchauffement climatique est questionné. Les neiges se font plus rares, incitant les stations à investir dans la production de neige artificielle, en consommant d’importantes quantités d’eau (1 m³ pour 2 m³ de neige) et d’énergie (4 kWh par m³ de neige).
Ainsi, derrière les JO d’hiver 2030 se cache la question de leur héritage. Que nous laisseront-ils en termes d’infrastructures, de retombées économiques, de pratiques sportives ou de visions politiques ?
Un événement face à ses contradictions
L’organisation de ces JO d’hiver 2030 s’annonce complexe. Contrairement aux JO de 2024, centrés majoritairement sur Paris, les JO d’hiver 2030 englobent quatre départements et quelques dizaines de communes aux besoins et intérêts variés. Par ailleurs, c’est la droite conservatrice qui est dominante dans ces départements ainsi qu’au niveau régional. Le président du parti Les Républicains, Laurent Wauquiez, est également le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Michel Barnier, éphémère Premier ministre, a consolidé pendant des décennies l’ancrage de la droite en Savoie. Plus réactionnaire, Éric Ciotti et ses alliés, comme Christian Estrosi, tiennent Nice et son département. Le contexte politique est donc loin de celui de Paris, où la mairie d’union des gauches était soucieuse des questions écologiques, sociales et sociétales.
En réponse, les acteurs locaux s’organisent. En première ligne, les syndicats construisent le rapport de force pour que ces Jeux ne soient pas synonymes de casse sociale et environnementale. Sur le modèle des JO de Paris, une charte a été rédigée et signée par les syndicats de travailleurs·euses, les petits commerçants, le grand patronat et le comité d’organisation des Jeux. Bien que cette charte ne soit pas contraignante, elle sert de levier pour légitimer des conditions de travail dignes et respectueuses des individus et de l’environnement, et favoriser l’investissement local.
D’autre part, des organisations politiques, comme le PCF, et des citoyens locaux se mobilisent pour porter des projets d’avenir sur leur territoire : organisation de classes découvertes, subventions pour les licences, réouverture de voies ferroviaires, nouvelles lignes comme un tram-train Annecy–Albertville, conversion des villages olympiques en logements sociaux, inclusion et déclinaison du Conseil national de la montagne à l’échelle des vallées. Les idées sont nombreuses et variées pour que ces Jeux riment avec progrès.
Vers une métamorphose des Jeux ?
Les JO d’hiver 2030, à l’instar des grands événements mondiaux, sont des symboles d’une époque. Entre espoirs et démesure, ils incarnent les contradictions d’une société souhaitant le bonheur et le progrès au détriment d’une partie de ses populations et de ses écosystèmes.
Bien que les ambitions d’agir au mieux soient sincères, le format actuel des JO d’hiver semble de plus en plus compromis sur une planète dont la température globale pourrait augmenter jusqu’à 4 °C par rapport à l’ère préindustrielle. Le nombre de candidatures diminue à chaque édition. Les difficultés s’accumulent pour les stations de ski, qui se retrouvent à choisir entre la reconversion ou le tourisme de luxe. La pratique des sports d’hiver est alors de plus en plus associée à un haut niveau de revenus, tandis que les habitants locaux en sont exclus. Par exemple, sur le Vercors en 2005, alors qu’ils habitaient au bord des pistes, 40 % des enfants du plateau ne pouvaient pratiquer le ski en dehors des séances organisées par l’école primaire, qui fournissait gratuitement le matériel et l’encadrement.
Il semble donc nécessaire de penser des alternatives à ces Jeux. Des alternatives plus locales, qui limitent les déplacements et les aménagements massifs. Des alternatives en phase avec la réalité changeante de nos montagnes. Des alternatives associant les habitantes et habitants de celles-ci.


















