Début décembre, le président Macron s’est rendu en Chine pour échanger avec Xi Jinping à propos de la balance commerciale franco-chinoise. En 2024, la France enregistrait un déficit de 47 milliards d’euros, soit 46 % du déficit commercial français. Un déficit creusé en premier lieu par l’informatique, l’électronique et l’électroménager. Face à cette dépendance, Emmanuel Macron a annoncé envisager une hausse des droits de douane.
Un horizon protectionniste limité
Les droits de douane poursuivent deux objectifs. D’abord, encourager et favoriser les produits de l’industrie nationale en rendant hors de prix les marchandises importées. Ils constituent ensuite un levier de négociation, recherché pour obtenir des concessions extra-économiques.
Donald Trump a annoncé, le 2 avril 2025, d’importants tarifs douaniers touchant de nombreux pays, la Chine en premier lieu, dans l’espoir de protéger le marché américain des produits chinois. Résultat : malgré une baisse de 32 % des exportations chinoises vers les États-Unis en un an, la balance commerciale chinoise a dépassé les 1 000 milliards de dollars. Des résultats rendus possibles par la capacité chinoise à réorganiser sa production et ses circuits commerciaux.
C’est cette stratégie, aux résultats déjà mitigés aux États-Unis, qu’Emmanuel Macron souhaiterait utiliser, cette fois à l’échelle européenne. Mais si les barrières douanières ont le bénéfice de « protéger » un marché national, elles ne le renforcent pas pour autant.
La perte de technologie au cœur du problème
Pour Emmanuel Macron, les droits de douane sont présentés comme une réponse nécessaire face à une Chine qui accroît ses exportations vers l’Europe. Mais cette approche laisse de côté un enjeu central : celui du transfert de technologies, qui se pose à deux niveaux.
D’abord, celui du rattrapage technologique. En délocalisant leur production en Chine pour accroître leurs profits, de grands groupes ont abandonné une partie de leurs savoir-faire industriels. Ce phénomène a récemment été reconnu par Guillaume Faury, PDG d’Airbus, sur France Inter : dans l’aéronautique, les délocalisations ont exposé la France à un rattrapage technologique chinois désormais manifeste.
Ensuite se pose la question de la souveraineté technologique. En laissant les entreprises déplacer leurs usines à l’étranger tout en ne conservant en France que des fonctions de bureau, une part importante des savoir-faire et des capacités productives a été progressivement perdue.
L’exemple de Nexperia
En septembre dernier, et sous la pression de Washington, le gouvernement néerlandais prenait le contrôle de Nexperia, entreprise fabricante de puces électroniques et filiale du groupe chinois Wingtech. La Chine a répondu dès le lendemain en interdisant à l’usine du groupe située à Dongguan d’exporter vers l’Europe. Le 19 novembre, le gouvernement néerlandais faisait marche arrière.
Entre-temps, tout un pan de l’économie européenne a failli s’effondrer, poussant même certaines entreprises européennes à se fournir en puces Nexperia via des paiements transitant par des sociétés écrans.
En témoignant de la dépendance technologique de l’Europe, mais aussi de la France, cette affaire pose la question du réalisme des propos d’Emmanuel Macron. Si l’on peut s’interroger sur le choix d’organiser une guerre commerciale au détriment de la coopération pacifique, une chose est sûre : on ne peut mener une guerre contre un adversaire dont on dépend.


















