Depuis l’été 2025, l’agriculture française traverse l’une des crises les plus graves de son histoire récente. Les éleveurs font face à une accumulation de chocs sanitaires, économiques et politiques qui fragilisent durablement les exploitations. Au cœur de cette tempête : la dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNC), les menaces liées aux accords UE-Mercosur et une réponse de l’État jugée brutale et incomprise.
Une épidémie aux conséquences dévastatrices
Apparue en France le 29 juin 2025 en Savoie, la dermatose nodulaire contagieuse bovine est une maladie virale transmise par des insectes piqueurs, dont la propagation est favorisée par le réchauffement climatique. Elle provoque fièvre, lésions cutanées sévères, chute de la production laitière et carnée, et peut entraîner la mort des animaux.
À ce jour, 113 foyers ont été recensés sur le territoire national, conduisant à l’abattage de plus de 3 000 bovins dans 80 élevages.
Cette stratégie a des conséquences économiques dramatiques. L’abattage de troupeaux entiers représente des pertes directes de plusieurs millions d’euros, auxquelles s’ajoutent des pertes indirectes majeures : interruption d’activité, rupture de contrats commerciaux, détresse psychologique des éleveurs et de leurs familles.
La comparaison entre le coût de la vaccination et celui des abattages alimente la colère. Vacciner un bovin coûte environ 30 euros, soit 7 500 euros pour un troupeau de 250 animaux, une somme dérisoire face aux pertes engendrées par la destruction totale d’un élevage. Pourtant, la vaccination préventive reste interdite hors des zones réglementées.
L’État privilégie l’abattage systématique, soutenu par une partie du corps vétérinaire, tandis que les éleveurs et les syndicats agricoles dénoncent une stratégie inefficace et injuste. L’indemnisation proposée, autour de 2 100 euros par vache abattue, est jugée insuffisante.
Le Mercosur, une menace supplémentaire
À cette crise sanitaire s’ajoute une inquiétude majeure : les accords commerciaux entre l’Union européenne et le Mercosur. En ouvrant le marché européen à des importations massives de viande sud-américaine produite à moindre coût, ces accords sont perçus comme une concurrence déloyale par les éleveurs français.
Pour de nombreux éleveurs, déjà étranglés économiquement, le Mercosur pourrait porter le coup de grâce. Au-delà de la viande, c’est l’ensemble de la souveraineté alimentaire qui est en jeu. Certains experts alertent : sans changement de cap, certaines productions agricoles pourraient disparaître de régions entières dans les années à venir.
Mobilisations et répression : la fracture s’aggrave
Face à l’ampleur de la crise, les agriculteurs se mobilisent. Manifestations, blocages et actions symboliques se multiplient dans les territoires. Mais la réponse de l’État est largement perçue comme répressive. Interventions des forces de l’ordre, évacuations musclées et absence de véritable dialogue alimentent un sentiment d’abandon et de mépris.
Les tensions traversent également les organisations professionnelles. La FNSEA elle-même apparaît divisée entre une direction nationale prudente et des militants de terrain de plus en plus radicalisés par la situation. Fait notable, l’ensemble des syndicats agricoles convergent aujourd’hui sur des revendications communes : la fin des abattages systématiques, la généralisation de la vaccination et le rejet des accords UE-Mercosur.


















