La “Gen-Z” est-elle un concept politique pertinent ?

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La “Gen-Z” est-elle un concept politique pertinent ?

La “Génération Z”, abrégée “Gen-Z”, regroupe l’ensemble des personnes nées entre la fin des années 1990 et le début des années 2010. Une génération que l’on dit façonnée par un usage précoce du numérique et des réseaux sociaux, leur conférant des références communes.

Le concept de “Gen-Z” s’est imposé comme une grille de lecture incontournable dans les analyses sur la jeunesse. Politiquement, les “zoomers” seraient plus révoltés que leurs aînés, en opposition particulière avec les “boomers” — la génération issue du baby-boom. Dans les entreprises, managers et communicants leur prêtent des traits immuables : mobilité, procrastination, refus de la hiérarchie.

La lecture générationnelle s’est installée au cœur du discours médiatique et politique.

Ainsi, dans l’une de ses dernières interventions télévisées, l’ancien Premier ministre François Bayrou fustigeait un système social construit “au profit des boomers”, dont souffriraient, selon lui, les générations futures — et en premier lieu la Gen-Z.

Une lecture mondiale… et réductrice

Les différents mouvements sociaux ayant secoué plusieurs pays d’Asie et d’Afrique n’ont pas échappé à cette grille de lecture générationnelle. Depuis le début de l’année, les manifestations et émeutes au Kenya, en Indonésie, au Népal, à Madagascar ou au Maroc ont été qualifiées de “soulèvements de la Gen-Z”. Elles témoigneraient d’une jeunesse révoltée, usant d’internet pour défendre la démocratie.

Il est vrai que ces mobilisations se répondent : jeunesse des participants, usage des réseaux sociaux pour s’organiser, symboles récurrents — à l’image du fameux drapeau de One Piece apparu initialement en Indonésie.

Mais si des traits communs existent, ces mouvements se constituent majoritairement en dehors des organisations syndicales et politiques traditionnelles. Faute d’organisation solide, ils sont souvent désorientés, voire récupérés, ouvrant la voie à des interventions militaires, comme au Népal ou à Madagascar.

La grille générationnelle : un cache-misère

Le principal problème de cette approche tient à sa simplification. Évoquer la “Gen-Z” comme marqueur central de mobilisations allant de Katmandou à Antananarivo, c’est effacer un point commun fondamental : ces révoltes sont avant tout celles du prolétariat des pays du Sud global.

Derrière la “Gen-Z”, il y a la jeunesse exploitée du capitalisme mondialisé.

Autrefois agraires et en décolonisation, ces États ont connu une industrialisation et une urbanisation rapides, bouleversant leurs structures sociales. L’Indonésie, portée par le développement de la Chine et de l’Asie du Sud-Est, est devenue l’un des moteurs industriels de la région : ses métropoles, parmi les plus vastes du monde, concentrent une population dont l’âge médian est de 30 ans.

De même, le Kenya a profité de la dynamique économique de l’océan Indien pour développer ses industries dans des centres urbains en pleine expansion, où l’âge médian n’excède pas 20 ans.

Âge médian par pays (2024) – UN, World Population Prospects (2024)

Ces réalités montrent que les “soulèvements de la Gen-Z” sont avant tout ceux d’un prolétariat jeune, urbain, surexploité, pris dans l’étau du capitalisme et de l’impérialisme.

Ni nouveauté, ni exception

L’accès généralisé à internet a certes favorisé des passerelles et des références communes, mais cette dimension n’est pas nouvelle. Déjà en 2011, les médias occidentaux expliquaient les “Printemps arabes” par une prétendue révolution numérique. Comme alors, l’horizontalité de ces mouvements rend leur aboutissement incertain, et les analyses dominantes refusent de traiter les questions de classe et d’impérialisme, pourtant centrales.

Et en France ?

Certains seraient tentés d’établir un parallèle entre ces révoltes et la jeunesse française : erreur d’échelle. Ceux qui comparent aujourd’hui leur propre “Gen-Z” aux soulèvements du Sud se fourvoient comme hier ceux qui assimilaient Nuit Debout aux Printemps arabes.

Bien sûr, il existe en France, comme ailleurs, un prolétariat capable de se mobiliser contre l’ordre établi — la lutte contre la réforme des retraites en témoigne. Mais notre jeunesse n’est pas comparable à celle de pays où la majorité de la population a moins de 30 ans.


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