La Moldavie a-t-elle un “destin européen” ?

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La Moldavie a-t-elle un “destin européen” ?

Le 28 septembre dernier, en Moldavie – l’un des pays les plus pauvres d’Europe – se sont tenues des élections législatives. Le PAS, parti libéral pro-européen de la présidente élue un an plus tôt, Maia Sandu, a remporté la victoire avec 50,03 % des suffrages exprimés.

Un scrutin décisif dans un pays en crise

Le candidat d’opposition nationaliste Ilan Shor ayant été écarté par la commission électorale, c’est la coalition de gauche BEP, réunissant d’anciens dirigeants du pays, qui est arrivée deuxième avec 24,26 % des voix.
Dans un contexte de faible croissance (0,1 % en 2024), d’inflation galopante et de corruption endémique, ces élections étaient déterminantes pour les Moldaves. Mais elles ont aussi été suivies de très près par la communauté internationale.

L’Europe mise sur la Moldavie

Dans un climat de tensions croissantes entre l’UE et la Russie, et alors que les États-Unis accentuent la pression économique sur le Vieux Continent, les dirigeants européens cherchent à sécuriser leurs intérêts économiques et militaires dans les pays proches de la frontière russe.

Depuis que la Géorgie a été rayée de la liste des candidats à l’adhésion en octobre 2024, c’est la Moldavie qui concentre les espoirs de Bruxelles.
En 2024, alors que les Moldaves devaient voter pour l’inscription dans leur Constitution de la volonté d’intégrer l’UE, l’Union européenne a annoncé un plan d’investissement de 1,8 milliard d’euros quelques jours avant la tenue du scrutin : un argument de poids pour un pays en crise.

En plus de ces fonds, 200 millions d’euros d’aide militaire et sécuritaire ont été versés entre 2021 et 2025 dans le cadre de la Facilité européenne pour la paix, un outil de sécurité extérieure de l’Union européenne.

Le processus d’intégration à l’Union, censé aboutir d’ici 2027, est donc maintenu à flot par l’injection constante d’investissements européens et par le soutien politique de Bruxelles au PAS.

Conflit d’interêts

Cette implication enthousiaste de l’UE, qu’il serait bien sûr malvenu de qualifier d’ingérence, se heurte à certaines réalités locales. La Russie dispose elle aussi d’intérêts matériels à défendre dans la région et s’appuie notamment sur les provinces à forte population russophone, comme la Gagaouzie.

Les services de sécurité chargés de la surveillance du scrutin affirment avoir essuyé plusieurs tentatives d’attaque contre l’infrastructure de décompte. La porte-parole de la Commission européenne, Anitta Hipper, a dénoncé une « campagne de désinformation sans précédent » menée par Moscou.

Miroir des mutations européennes

Les élections moldaves n’avaient jamais été observées d’aussi près.
Pour l’Union européenne, l’enjeu dépasse largement la question des frontières : il s’agit d’une poursuite du conflit avec la Russie sur d’autres terrains, qu’il s’agisse des pays baltes ou de régions russophones frontalières. Cette confrontation s’inscrit dans un changement plus large de cap économique et politique au sein de l’Union.

Avec le plan « Rearm Europe », l’UE prévoit un réarmement massif, augmentant ses dépenses de défense à 800 milliards d’euros d’ici 2030. Parallèlement, les néo-conservateurs anciennement eurosceptiques, tels Giorgia Meloni, convergent avec les libéraux d’hier autour d’un discours identitaire et sécuritaire. Ensemble, ils imposent les nouvelles orientations de l’Europe, fondées sur l’élargissement du marché et de l’OTAN vers l’Est.

« L’alternative à l’Europe n’existe pas », avait déclaré Maia Sandu face aux dirigeants européens.
Reste à savoir ce que l’Europe représentera, demain, pour la Moldavie.


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