L’industrie agroalimentaire (IAA) bretonne est confrontée à des difficultés non négligeables. Rentabilité en baisse, faible innovation technologique et emplois peu qualifiés pèsent sur l’image de la filière. Des problématiques importantes, qui toucheront directement les jeunes Bretons.
Une industrie phare
Le secteur agroalimentaire est le premier employeur de la première région nourricière de France. Avec 75 000 emplois directs, il représente 41 % des emplois industriels de la région et nourrit l’équivalent d’un Français sur trois. Il fait pourtant face à plusieurs difficultés, notamment financières, puisque 37 % des IAA affichent des problèmes de trésorerie.
Alors que le secteur génère 34,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025, les entreprises décrochent, en comparaison des moyennes nationales, sur la valeur ajoutée (14,3 % contre 16,6 % au niveau national) et les marges brutes (3,9 % contre 5,2 %). À cela s’ajoute un taux d’obsolescence des équipements évalué à 65 %, contre 55 % au niveau national, appelant d’importants investissements aujourd’hui absents.
2026, une année de restructuration ?
C’est pourquoi 2026 pourrait voir des restructurations s’amorcer. Si, du côté de certaines coopératives, comme Le Gouessant, on croit à la résilience du secteur et l’on mise sur la diversité des acteurs (TPE, PME et grands groupes), les difficultés demeurent réelles.
D’autant plus que les activités des IAA bretonnes se concentrent autour de la production de viande (41 %) et de l’industrie laitière (13 %), des secteurs exposés à de fortes tensions commerciales.
- Saupiquet à Quimper
- Abattoirs AIM en Ille-et-Vilaine (2023)
Les entreprises de plus de 250 salariés, qui ne représentent que 5 % des établissements, concentrent près de la moitié des salariés du secteur. De fait, elles influencent fortement les territoires. Dans certaines intercommunalités du Morbihan, les IAA représentent ainsi un quart des emplois. Des programmes de restructuration, comme ce fut le cas de Saupiquet à Quimper ou des abattoirs AIM en Ille-et-Vilaine en 2023, pourraient être envisagés. La consommation des ménages devient ainsi une variable d’ajustement majeure, selon l’ABEA.
L’enjeu de la main-d’œuvre
La question de la main-d’œuvre est centrale dans un secteur à l’image parfois dégradée. Les postes à faible niveau de qualification représentent 45 % des emplois du secteur à l’échelle nationale. Il s’agit notamment des métiers d’opérateur de production, de conducteur de machines ou encore d’opérateur logistique, dont l’image est associée à une forte pénibilité.
- Pénibilité et image dégradée de certains métiers
- Recours régulier aux CDD et à l’intérim
- Peu de perspectives perçues à long terme
À court terme, l’IAA doit investir dans les équipements et sécuriser les parcours professionnels. À moyen terme, la question devient stratégique : former, fidéliser et planifier, alors que la population active régionale recule.
À cette pénibilité s’ajoute le recours fréquent aux CDD et à l’intérim. En Bretagne, un quart des offres d’emploi sont des contrats courts. Utilisés pour faire face aux pics de production saisonniers ou comme période de présélection, ces contrats peuvent déboucher sur un CDI, mais ils participent aussi à l’image d’un secteur peu attractif pour construire une carrière.
Pourtant, d’ici 2030, 20 à 30 % des effectifs partiront à la retraite. Il existe donc une nécessité urgente de recruter et de former une main-d’œuvre qualifiée, dans un contexte de baisse de la population active régionale. Une équation complexe, qui pose la question de l’orientation stratégique du secteur, entre démographie, attractivité et planification industrielle.


















