Le gouvernement Lecornu II poursuit sa politique d’austérité sur le dos de la jeunesse. Dans le projet de loi de finances pour 2026, plusieurs mesures viennent fragiliser la filière de l’apprentissage : fin des exonérations de cotisations salariales, alignement du public sur le privé et suppression de l’aide de 500 euros pour le permis de conduire. Une triple attaque qui traduit l’absence d’une réelle ambition en matière de formation professionnelle.
Les apprentis, premières victimes
Jusqu’ici, les apprentis bénéficiaient d’une exonération de cotisations sociales leur permettant de percevoir un salaire net égal à leur brut, jusqu’à 78 % du SMIC. Avec la fin de cette mesure, leur salaire net baissera mécaniquement, sans hausse correspondante du brut : un véritable coup de massue pour le pouvoir d’achat des jeunes travailleurs.

Mais la baisse des salaires n’est qu’un symptôme. Sans contrainte imposée au patronat, la fin des exonérations risque d’entraîner une chute du nombre de contrats. Moins rentable, la filière perdra de son attractivité, et les jeunes se retrouveront encore plus en difficulté pour décrocher un emploi.
La suppression de l’aide au permis de conduire constitue un signal négatif supplémentaire. Pour de nombreux apprentis, notamment en zones rurales, la voiture reste le seul moyen de se rendre sur leur lieu de travail. La fin de cette aide représente donc un obstacle de plus à l’accès à l’emploi.
Une filière construite au bénéfice du patronat
Derrière le discours officiel sur “l’insertion professionnelle”, l’apprentissage a surtout servi de levier d’allègement de charges pour les entreprises. Depuis 2018, l’État a multiplié les exonérations et subventions publiques, finançant ainsi une main-d’œuvre jeune et bon marché.
Ces politiques d’incitation ont permis le développement rapide du nombre d’apprentis, mais au prix d’un désengagement massif du patronat. L’argent public a remplacé la contribution des employeurs, et certains ont même utilisé des contrats d’apprentissage à bas coût pour remplacer des emplois à temps plein.
Si la fin des exonérations met un terme à cet effet d’aubaine, elle risque aussi de provoquer un effondrement de la filière, équivalant à un plan social pour des dizaines de milliers de jeunes.
Faire payer les patrons ?
Après des années de politiques d’incitation, le temps de l’exigence est venu. L’apprentissage ne peut plus reposer sur les finances publiques, mais sur la responsabilité des employeurs. Les apprentis ne sont pas des travailleurs de seconde zone : ils participent à la production, apprennent un métier, et contribuent à la richesse collective. Leur rémunération doit être digne, stable et garantie.
C’est désormais au patronat d’assumer le coût réel de la formation et de l’emploi des jeunes qu’il embauche. La justice sociale passe aussi par là : le travail mérite salaire — et un salaire complet.


















