Ce 9 février, le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan (HCSP) a publié un rapport consacré à la menace chinoise et à la situation de l’industrie française et européenne. Un document qui fait de la Chine un ennemi et une menace existentielle, et qui témoigne d’une vision atlantiste.
Un état des lieux
Selon le rapport, l’industrie représente aujourd’hui moins de 10 % du PIB français, contre environ 20 % en Allemagne. Depuis le début des années 2000, l’emploi industriel a reculé, avec une diminution estimée à près de deux millions de postes. Plusieurs sites industriels ont fermé ou réduit leurs effectifs ces dernières années, notamment dans les secteurs de l’automobile, de la sidérurgie ou du textile.
En cause, le « rouleau compresseur chinois », aidé de plusieurs leviers : « investissements massifs, coûts de production durablement plus faibles, concurrence intense sur son marché intérieur, chaînes de valeur toujours plus intégrées, économies d’échelle massives, moindres contrôles réglementaires et sous-évaluation persistante du taux de change ». Des leviers qui contribuent, selon le rapport, à l’augmentation des importations et à la pression concurrentielle sur certaines filières européennes.
Le décrochage industriel de la France fait l’objet de larges analyses dans le débat public. Le coût de l’énergie, la fiscalité de la production, la spécialisation sectorielle, l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales ou encore les choix d’investissement en innovation sont régulièrement cités comme facteurs explicatifs. Le rapport s’inscrit dans ce contexte et vise principalement à orienter les dispositifs déjà en place, comme le plan France 2030, doté de 54 milliards d’euros.
Les leviers envisagés
Face à un risque jugé existentiel, le rapport avance des pistes. Le rôle de l’investissement public est notable, ainsi que la place faite aux investissements productifs.
Ainsi, le recours aux achats publics comme outil de soutien est proposé avec, en clair, une préférence européenne sectorielle, afin de stabiliser la demande pour certaines filières stratégiques. À ce titre, il propose également de mobiliser l’épargne privée.
Il met en avant le rôle de la Banque publique d’investissement (BPI) dans l’accompagnement des PME industrielles, notamment pour la modernisation des équipements, la robotisation, la numérisation ou la réduction des consommations énergétiques.
Autre point, la question des compétences. Plusieurs secteurs industriels rencontrent des difficultés de recrutement pour des profils techniques qualifiés. Le rapport souligne ainsi l’importance de la formation initiale et continue.
Cette stratégie se veut européenne et systématique. C’est le cas des deux propositions phares : l’instauration d’un droit de douane global de 30 % sur les produits chinois ou une dépréciation de l’euro pour soutenir les exportations européennes.
Un rapport sans plan ?
Derrière l’effet d’annonce se cachent pourtant peu de choses. Tout d’abord, le HCSP dispose d’un budget limité (moins de 2 millions d’euros par an) et ne pilote aucun programme directement. Il observe et recommande, mais ne décide pas. Sur le terrain, la décision reste entre les mains des chefs d’entreprise.
Ensuite, l’angle politique du rapport interroge. Dès le début, il se place dans un double giron. Américain, d’abord en invitant à un recentrage contre la Chine et ses exportations, cela malgré la politique de prédation des États-Unis à l’égard de la France. Giron européen ensuite. Une double soumission politique pourtant plusieurs fois pointée, notamment à travers les difficultés à coordonner les politiques européennes.
Enfin, viennent les choix économiques. En réalité, ceux-ci ne tranchent pas avec la direction libérale actuellement en vigueur.
De fait, le rapport n’échappe pas à certaines contradictions. C’est le cas lorsqu’il pointe le coût de l’énergie comme facteur aggravant, sans expliquer que ce coût est lié aux politiques libérales, via l’ARENH et aujourd’hui le VNU.
Un rapport sans véritable plan donc, mais qui pointe un recadrage de la direction politique : violemment anti-Chine et avec quelques questionnements sur le protectionnisme.


















