Le Rojava sous offensive du nouveau gouvernement syrien

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Le Rojava sous offensive du nouveau gouvernement syrien

À Alep, à Kobané, dans le nord-est syrien, les forces islamistes avancent pendant que les grandes puissances négocient. Les Kurdes engagés dans le projet du confédéralisme démocratique, fer de lance de la lutte contre Daech, sont aujourd’hui la cible d’une offensive qui vise à briser une expérience révolutionnaire unique au Moyen-Orient.

Une expérience d’autonomie populaire face à l’ordre impérial

Le peuple kurde est réparti entre la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran. Cette division découle du partage impérialiste du Moyen-Orient au XXᵉ siècle, lorsque les grandes puissances ont redessiné la région selon leurs intérêts. Depuis, l’oppression nationale structure la vie politique des Kurdes : interdictions culturelles, répression des organisations, prisons remplies d’opposants, droits constamment remis en cause.

Dans le nord et l’est de la Syrie, une partie du mouvement kurde a choisi une autre voie qu’un simple projet d’État. Plutôt que de reproduire les structures centralisées qui ont dominé la région, elle a misé sur une organisation à la base. Le confédéralisme démocratique repose sur des communes, des assemblées populaires et la participation directe des habitants aux décisions. Il affirme qu’une société peut s’organiser sans dépendre d’un pouvoir central autoritaire.

Au Rojava, Kurdes, Arabes, Assyriens et Arméniens participent aux mêmes structures politiques. Malgré la guerre et les pressions constantes, cette expérience a ouvert un espace inédit d’organisation populaire dans une région dominée par l’autoritarisme.

L’émancipation des femmes en est l’un des piliers. Parité institutionnalisée, co-présidences, structures autonomes, participation à l’autodéfense : ces choix modifient concrètement les rapports sociaux. Ils affirment qu’aucune libération collective ne peut se construire sans briser le patriarcat. Dans un contexte marqué par l’islamisme politique et le nationalisme autoritaire, cette orientation constitue un défi direct.

À Kobané, une population encerclée a résisté face à l’un des mouvements djihadistes les plus violents de notre époque. Cette résistance a démontré qu’une organisation populaire ancrée dans les communes pouvait stopper une force que beaucoup pensaient irrésistible.

La défaite territoriale de Daech n’a pourtant pas mis fin aux dynamiques réactionnaires. Depuis un an, la Syrie connaît une nouvelle recomposition. Après la chute de Bachar el-Assad, des groupes islamistes se sont renforcés autour de Hayat Tahrir al-Cham (HTS), désormais au centre du pouvoir à Damas. Derrière les discours de stabilisation se consolide un régime autoritaire à orientation salafiste.

Dans cette configuration, la Turquie joue un rôle déterminant. Depuis 2016, Ankara multiplie les opérations militaires transfrontalières, installe des zones sous contrôle indirect et soutient des groupes armés hostiles au Rojava. Frappes de drones, bombardements d’infrastructures civiles et pression constante visent à empêcher toute continuité territoriale autonome à sa frontière. Ce qui est visé n’est pas seulement un territoire, mais une expérience politique fondée sur la démocratie populaire, l’émancipation des femmes et l’autodéfense.

Djihadisme, Turquie et complicité occidentale

À Damas, HTS a consolidé son emprise sur l’appareil d’État. Sous couvert de transition politique, la répression s’installe et les minorités sont placées sous pression.

Les zones kurdes sont devenues une cible prioritaire. Les bombardements sur Alep, Kobané et Hassaké visent à démanteler l’autonomie construite au Rojava et à affaiblir ses structures d’autodéfense. Un accord imposé sous contrainte cherche à intégrer ces territoires dans un appareil centralisé. L’objectif est clair : dissoudre l’expérience politique kurde du nord-est syrien.

La Turquie agit au cœur de cette dynamique, mais elle n’est pas seule. Les États-Unis, alliés militaires des forces kurdes contre Daech, privilégient aujourd’hui leur relation stratégique avec Ankara. L’autonomie kurde devient une variable d’ajustement. L’Arabie saoudite soutient la recomposition syrienne dans sa propre logique régionale. L’Union européenne et la France multiplient les déclarations prudentes sans remettre en cause les rapports de force en cours.

La qualification du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) comme organisation terroriste par la Turquie, les États-Unis et l’Union européenne fournit le cadre juridique de cette politique. Elle permet de criminaliser largement le mouvement kurde, y compris ses formes d’organisation sociale liées au confédéralisme démocratique, en transformant une question politique en enjeu sécuritaire.

Dans le même temps, la répression s’étend. En Turquie, des militants, des élus et des journalistes sont emprisonnés ; Abdullah Öcalan demeure isolé depuis des années. En Europe, les organisations kurdes et les réseaux de solidarité sont surveillés et poursuivis au nom de la lutte antiterroriste. Cette dynamique s’inscrit dans un climat plus large de durcissement sécuritaire et de progression de l’extrême droite.

L’affaiblissement du Rojava n’est donc pas un accident. Il résulte d’un équilibre entre intérêts régionaux et calculs impérialistes. Au-delà de la Syrie, c’est la possibilité même d’une autonomie populaire organisée qui se heurte à un ordre international structuré par les alliances militaires impérialistes.


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