Le sombre bilan du business de la dépendance

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Le sombre bilan du business de la dépendance

De nombreuses pratiques addictives sont présentées aujourd’hui comme des loisirs ordinaires et inoffensifs pour peu que la consommation soit modérée et pratiquée par des adultes « responsables ». Qu’il s’agisse d’alcool ou de jeux d’argent, l’idée sous-jacente est que la majorité des consommateurs de ces marchés resteraient dans des pratiques modérées tandis qu’une minorité basculerait malheureusement dans l’excès.

Une économie dépendante des pratiques addictives

« À consommer avec modération. » « Jouez, mais restez maître. » Ces formules légales résument cette vision qui centre le sujet de l’addiction sur le consommateur et sa responsabilité. La réalité de l’économie de l’addiction est tout autre : pour l’alcool, le jeu et plusieurs autres marchés addictifs, une part décisive du chiffre d’affaires provient d’une minorité de clients aux pratiques intensives et dangereuses.

AG
En chiffres · Alcool
Qui boit l’alcool ?
En 2017, les 10% de plus gros buveurs concentrent 58% de l’alcool déclaré.
Répartition par tranches de population
Bas 49%
3%
49–65%
6%
65–90%
33%
Top 10%
58%
58%
0%25%50%75%100%
Lecture : les 90% restants concentrent 42% de l’alcool
Source : Baromètre de Santé publique France 2017 — BEH (2019).

Pour l’alcool, les études de consommation montrent que les plus gros buveurs concentrent une part très élevée des volumes vendus, alors qu’ils ne représentent qu’une fraction de la population adulte. Quand 10 % des buveurs comptent pour plus de la moitié du marché, le verre occasionnel compte peu dans les comptes d’exploitation. Ce sont les usages quotidiens, les apéritifs systématiques, les cuites régulières et autres consommations excessives qui rendent le marché profitable.

Un fléau dans la jeunesse

Les jeunes sont surexposés à certaines pratiques à risque. Ils consomment par exemple l’alcool moins régulièrement que leurs aînés, mais de façon plus importante. La pratique de l’hyperalcoolisation est encouragée par un marché prédateur, avec la popularisation de boissons alcoolisées et énergisantes comme la Vody. Cette boisson se distingue par un marketing agressif dirigé vers la jeunesse et qui assume l’objectif de surconsommation.

AG
En chiffres · Jeux d’argent
Initiation très précoce
Les parieurs commencent en moyenne à 15 ans.
15 ans
Âge moyen d’initiation aux jeux d’argent chez les personnes ayant déjà parié.
06121518
Source : OFDT, 2025.

D’autres marchés, cependant, ont les mêmes pratiques publicitaires. Les géants du jeu en ligne (paris sportifs et casinos) dirigent leur appétit vers les jeunes de banlieue en jouant avec leurs codes. Comme pour l’alcool, une petite part des joueurs assure une grande part des bénéfices engendrés, tout en concentrant les difficultés financières et psychologiques.

L’impasse de la « responsabilité individuelle »

Cette minorité ultra-dépendante n’est pas un accident mais un pilier économique. La rhétorique de la « responsabilité individuelle » maintient l’idée d’un marché de loisirs « normal ». Pourtant, les incitations commerciales, la conception des produits ou l’omniprésence du marketing montrent que ces marchés ne peuvent survivre sans l’excès qu’ils engendrent.

Dans les débats modernes, la proposition d’ouvrir un marché légal pour un produit addictif comme le cannabis n’est pas comparable à la dépénalisation de son usage. Légaliser, c’est autoriser une industrie de plus, qui a structurellement intérêt à entretenir un noyau de consommateurs intensifs. Ces décisions ne sont pas à prendre à la légère. Elles reviennent à accepter l’existence — ou non — d’un secteur supplémentaire dont la prospérité repose sur les usages excessifs d’une minorité.


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