Le tout premier Sommet du Groupe des Vingt (G20) organisé sur le sol africain, à Johannesburg, a marqué un tournant décisif, signalant un rééquilibrage du pouvoir économique mondial vers le Sud.
Sous la présidence de l’Afrique du Sud, cet événement, qui a rassemblé des représentants de 42 pays et de nombreuses organisations, avait pour thème « Solidarité, Égalité, Durabilité ». Ce rassemblement a été défini non seulement par les objectifs ambitieux de son hôte, mais aussi par le boycott américain.
L’émergence du multilatéralisme sans les États-Unis
Le sommet a été profondément marqué par l’absence des États-Unis : le président Donald Trump en avait ordonné le boycott. Son administration avait par ailleurs critiqué l’agenda du G20, jugé trop centré sur des thèmes tels que le changement climatique et les inégalités.
EN CARTE · G20
Créé en 1999, le Groupe des Vingt réunit les principales économies avancées et émergentes afin de coordonner les politiques économiques et financières mondiales. Ses membres représentent environ 85 % du PIB mondial, plus de 75 % du commerce international et près des deux tiers de la population de la planète.
Le G20 fonctionne avec une présidence tournante qui fixe l’agenda annuel : climat, stabilité financière, régulation des marchés, transition énergétique, réformes des institutions internationales, réduction de la dette… Certains pays ou organisations régionales peuvent être invités en fonction des priorités du pays hôte.
La carte ci-dessous illustre la composition du G20, en incluant les pays membres, l’invité permanent (Espagne), ainsi que les participants régionaux comme l’Union européenne et l’Union africaine. Ces distinctions reflètent l’évolution du poids du Sud global dans la gouvernance internationale.
- 19 États + l’Union européenne composent formellement le G20.
- Ensemble, les membres représentent 85 % du PIB mondial.
- Présidence tournante annuelle : elle définit les invités et les priorités politiques.
- L’Union africaine est devenue membre permanent en 2023, élargissant la représentation du Sud global.
Une preuve flagrante de la résilience du multilatéralisme fut l’adoption d’une déclaration commune des dirigeants dès l’ouverture du sommet. Il s’agissait d’une rupture inhabituelle avec la tradition du G20. Cette déclaration a été approuvée par une large majorité des membres sans la participation ni la signature des États-Unis, qui avaient pourtant critiqué en amont la possibilité d’un tel consensus sans eux. Seule l’Argentine de Javier Milei a également refusé d’approuver le texte.
Le président sud-africain Ramaphosa a souligné que ce document final témoignait d’un « engagement renouvelé envers la coopération multilatérale » et prouvait que les « objectifs communs » prenaient le pas sur les divergences.
Le sommet a mis en lumière un contraste saisissant dans l’engagement des grandes puissances en Afrique. D’un côté, le Premier ministre chinois Li Qiang est venu à Johannesburg représenter la Chine. Pékin s’est positionné comme un partenaire fiable en annonçant des droits de douane nuls pour 53 nations africaines et la signature d’un accord de 1,4 milliard de dollars pour moderniser le chemin de fer TAZARA en Zambie. De l’autre, le boycott de Donald Trump a souligné le désengagement américain, en cohérence avec une politique commerciale ayant imposé des droits de douane réciproques à 22 pays africains.
Les préoccupations des puissances émergentes à l’agenda
L’agenda de l’Afrique du Sud, aligné sur les priorités du monde en développement, a trouvé un écho puissant. La déclaration finale en 122 points a mis l’accent sur l’action climatique et l’allègement de la dette. Elle a notamment exigé que le financement climatique passe « de milliards à des milliers de milliards à l’échelle mondiale » et a pressé pour une réforme des systèmes financiers internationaux afin d’aider les nations à faible revenu.
Cette orientation reflète l’influence croissante des grandes économies émergentes. Rappelons que les pays formant les BRICS+ (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) représentent désormais 44 % du PIB mondial et 56 % de la population. Maxim Oreshkin, chef adjoint de cabinet russe, a d’ailleurs souligné que les pays du Sud global dominent de plus en plus la structure de la croissance économique mondiale.
Les dirigeants du G20 ont par ailleurs appelé à une réforme de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), s’engageant à lutter contre les « mesures commerciales unilatérales incompatibles » avec les règles internationales.
Des solutions pour la dette ?
L’Afrique du Sud a utilisé sa présidence pour faire progresser des priorités africaines, telles que la viabilité de la dette et la garantie que les minéraux critiques bénéficient aux pays producteurs.
Malgré cet engagement, des groupes de la société civile ont jugé que le G20 avait « fondamentalement échoué » à s’attaquer à la crise de la dette dans le Sud global. Une dette qui atteint un niveau record de 100 000 milliards de dollars. En Afrique, la situation est aiguë : la dette a plus que doublé depuis 2021 pour atteindre 685,5 milliards de dollars. Le FMI a averti qu’environ 20 pays africains sont en situation de surendettement ou à haut risque.
Le « Cadre commun du G20 », lancé en 2020, a certes permis l’allègement de la dette pour quatre nations (Tchad, Zambie, Ghana et Éthiopie), mais les critiques demeurent légitimes. Toutefois, il serait simpliste de blâmer l’Afrique du Sud, alors que les puissances occidentales n’ont montré aucune volonté politique pour mettre réellement cette problématique sur la table.
L’Afrique du Sud a transmis la présidence du G20 aux États-Unis le 24 novembre. Deux jours plus tard, sur son réseau social Truth Social, Donald Trump a écrit : « L’Afrique du Sud a montré au monde qu’elle n’était pas un pays digne d’être membre de quoi que ce soit ». Cette déclaration, motivée par des accusations de « persécution » de la minorité blanche afrikaner non fondées, et renforcée par le déroulement du sommet, apparaît comme une pure et simple tentative de revanche visant à saper la souveraineté de l’Afrique du Sud.


















