Alors que l’administration Trump intensifie sa pression sur La Havane et que le discours dominant recycle les vieux clichés anticastristes, une analyse rigoureuse s’impose. Retour sur les ressorts d’une offensive idéologique qui sert avant tout les intérêts de l’empire.
Un étranglement économique qui s’accélère
Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump a fait de la chute du gouvernement cubain une « priorité stratégique absolue ». Début mars 2026, il a déclaré que Cuba « vivait ses derniers moments » et promis un « grand changement », laissant planer la menace d’une intervention militaire ou d’une pression maximale visant à provoquer l’effondrement du gouvernement révolutionnaire.
Le président Miguel Díaz-Canel dénonce, de son côté, un « siège génocidaire », tout en affirmant la disposition de l’île à dialoguer « sans pression et dans le respect de la souveraineté ». Parallèlement, Cuba tente de s’adapter par des réformes internes — autonomie municipale, soutien aux petites entreprises privées — pour résister à cet étranglement.
Les chiffres donnent la mesure de l’offensive : depuis le 20 janvier 2025, l’administration Trump a lancé huit nouvelles mesures renforçant le blocus imposé à l’île depuis 1962, lequel aurait causé, selon les estimations officielles cubaines, pas moins de 170 milliards de dollars de pertes. Quatre experts indépendants de l’ONU ont alerté sur le risque de « grave crise humanitaire ». La population civile est la première touchée par les pénuries d’énergie, de nourriture et de médicaments, conséquences directes des sanctions imposées depuis Washington.
Des analystes soulignent que le blocus historique n’a pas atteint ses objectifs par le passé, et risque surtout de renforcer la cohésion nationale face à l’ennemi extérieur, tout en aggravant les souffrances du peuple cubain.
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Un bloc pro-impérialiste tacite, de la droite à la « gauche caviar »
Entre défense des droits humains et soutien — explicite ou implicite — à l’impérialisme, la frontière est parfois plus mince qu’il n’y paraît. Partis politiques, associations, médias : tous ou presque se revendiquent « humanistes ». Mais derrière ce terme se cachent souvent des positionnements bien moins désintéressés. Pour éviter de tomber dans le piège de la bonne conscience aveugle, deux questions s’imposent : qui les finance ? Quelles sont les sources ? Si la réponse renvoie au gouvernement des États-Unis ou à une quelconque bourgeoisie nationale, la méfiance s’impose — la défense de leurs intérêts passe bien avant la recherche de la vérité.
L’absence de recul critique, de nuance et de rigueur dans l’engagement conduit à des prises de position qui ne servent que le discours dominant, sans élever en rien les consciences. Un bloc tacite pro-impérialiste semble ainsi s’être consolidé en France, associant un gouvernement qui a rompu avec la tradition française du non-alignement à diverses organisations de tous bords — pourtant presque toutes d’« opposition ».
Si certaines relaient naïvement la propagande étasunienne — elle-même amplifiée par les grands médias nationaux, y compris de service public —, d’autres le font par adhésion idéologique. Parmi ces dernières, des « patriotes », voire des « nationalistes », semblent se réjouir à l’idée que la France devienne le 51e État des États-Unis, pendant que des autoproclamés « progressistes » relativisent les méthodes d’intervention mafieuses de Washington.
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S’armer intellectuellement : réponses aux arguments les plus fréquents
Face à la propagande, quelques éléments de réponse s’imposent aux militants comme aux simples citoyens soucieux de nuance.
« C’est une dictature »
L’humilité est d’abord de mise sur la question démocratique, au vu du déficit de légitimité populaire de bien des gouvernements bourgeois. La démocratie libérale n’a pas le monopole du mot « démocratie », qui signifie littéralement « le pouvoir au peuple ». Le modèle de démocratie socialiste cubain est imparfait — aucun mode de gouvernance ne l’est. Mais il est inexact d’affirmer que l’avis du peuple serait moins pris en compte à Cuba ou au Venezuela qu’en France ou aux États-Unis. Il suffit pour s’en convaincre de comparer les cotes de popularité des gouvernements respectifs, les réformes engagées et les possibilités d’implication citoyenne dans les processus de décision.
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« Le peuple y est favorable au changement de régime »
Une partie seulement de la population cubaine y est favorable — et cette partie n’est majoritaire que selon des institutions financées par les États-Unis ou des ONG qui n’en sont, dans les faits, que des organisations d’opposition politique déguisées. Leur projet n’est pas de servir « le peuple », mais de livrer le pays aux intérêts de l’empire. L’Église et certaines petites entreprises tentent également, via des capitaux étrangers, d’acheter les convictions des plus modestes, en conditionnant une aide financière au retrait du Parti communiste cubain et de ses organisations associées.
« Les gens là-bas sont pauvres »
C’est une réalité : les Cubaines et les Cubains traversent de grandes difficultés économiques. Mais le système socialiste n’en est pas l’origine — au contraire, il limite les dégâts. Les ressources sont restreintes en raison de l’embargo, mais elles sont réparties de façon bien plus égalitaire que dans n’importe quel pays capitaliste. De plus, une part essentielle de la richesse collective réside dans les biens communs : la santé, l’éducation, le travail — garantis pour toutes et tous, érigés en droits fondamentaux, prérequis à l’émancipation et à la liberté réelle des individus.
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