Alors que les concours de l’enseignement étaient jusqu’à présent accessibles uniquement à l’issue d’un Master 2, une réforme prévoit de les ouvrir dès le niveau bac +3 à partir de 2026. Quels en sont les tenants et les aboutissants pour l’Éducation nationale et pour les étudiant·es ?
Depuis 2022, l’accès aux concours de recrutement des enseignants était conditionné à l’obtention d’un Master 2, dans le cadre de la politique de « mastérisation » des recrutements. Cette exigence visait à élever le niveau de qualification des enseignants et à renforcer leur formation académique et pédagogique. Pourtant, à compter de 2026, les concours seront de nouveau accessibles dès la fin de la licence. Un tel abaissement du niveau requis pour accéder à un concours de la fonction publique — qui plus est dans l’enseignement — ne sera pas sans conséquences.
Le recrutement des enseignants traverse en effet une crise profonde depuis plus d’une décennie. Le caractère dissuasif des concours, combiné à des conditions de travail dégradées et à une rémunération jugée insuffisante, alimente une désaffection durable pour la profession. Certaines académies, notamment Créteil ou Versailles, peinent à pourvoir leurs postes, laissant chaque année des centaines de classes sans enseignants titulaires.
L’objectif affiché de la réforme est donc de renforcer l’attractivité des concours et du métier : études plus courtes, parcours davantage professionnalisants, et rapport entre durée des études et niveau de rémunération présenté comme plus équilibré — bien que la difficulté des concours, elle, demeure inchangée.
Dans les faits, à partir de 2026, un candidat admis au concours après une licence pourra exercer devant élèves, tout en conservant un statut d’étudiant. Il devra en parallèle achever un Master « Métiers de l’enseignement et de l’éducation » (M2E), composé de stages et de quelques enseignements théoriques. L’Éducation nationale y trouve, en apparence, son compte : une main-d’œuvre peu expérimentée mais comptabilisée dans les effectifs, rémunérée au niveau d’un stagiaire. En revanche, la qualité des enseignements — assurés sans véritable encadrement ni immersion progressive — ainsi que la qualité de vie des enseignants, des élèves et de leurs familles, passent au second plan. Les lauréats seront en outre soumis à un engagement de service de quatre ans dans leur académie d’affectation. Quant aux étudiants actuellement engagés en Master MEEF, dont les M1 constituent les dernières promotions de l’ancien système, leur avenir demeure incertain.
À cette fragilisation structurelle s’ajoute l’instabilité politique. La succession rapide des gouvernements et des ministres de l’Éducation nationale entretient un flou persistant sur l’articulation concrète de la réforme. À l’approche de l’ouverture de Parcoursup, les inquiétudes s’intensifient. Les modalités de stages, les conditions d’exercice et les adaptations promises aux nouveaux profils ne sont pas arrêtées — et ne le seront pas avant plusieurs mois. Les futurs étudiants se retrouvent ainsi dans l’incapacité de se projeter dans leur parcours, avec en perspective la prise en charge d’une classe dès l’âge de 20 ans, sans garanties claires quant à leur formation ni à leur accompagnement.


















