Plus de 1 000 manifestants, 36 associations de défense du ferroviaire et des voyageurs venus de plusieurs départements et régions se sont réunis la semaine dernière à Limoges, en Haute-Vienne, pour exprimer « la colère des sans trains ».
Cette colère est celle des habitants d’un territoire qui représente plus de la moitié de la France et qui, pourtant, s’estime privé du service ferroviaire. Alors que la loi-cadre sur les transports est présentée cette semaine au Conseil des ministres, ils interpellent Emmanuel Macron à travers une lettre ouverte.
Une mobilisation nationale des territoires ruraux
Samedi dernier, ils étaient plus de 1 000 « sans trains » mobilisés en gare de Limoges, se réjouissant de peser enfin dans le débat et de montrer l’enjeu national des trains dans les zones rurales. Les précédentes mobilisations locales pour défendre les petites lignes attiraient jusque-là peu les médias, présents en nombre ce jour-là.
Plusieurs délégations venues des quatre coins du Limousin, du Lot ou encore du Massif central se sont ainsi rejointes devant le parvis de la gare de Limoges avant de rejoindre la préfecture en déambulant dans les rues, au bruit des sifflets, puis de regagner la gare, où plusieurs intervenants ont pris la parole sous la forme d’une « table ronde ».
Des lignes rares et des trajets impossibles
« On ne peut pas venir au travail ou sur son lieu d’étude en train », dénonce Arthur Roche, étudiant alternant à la SNCF et membre du comité de défense de la ligne Aurillac–Bretenoux/Biars–Brive. Même si des trains régionaux existent, leur rareté ne permet pas aux étudiants potentiels usagers de la ligne Brive–Aurillac de se rendre à Aurillac, Figeac, Rodez, Toulouse, Bordeaux ou Limoges en train. Même situation pour les trajets domicile-travail, alors que la région constitue un bassin d’emploi important avec les zones de Brive (45 000 habitants) et d’Aurillac (plus de 30 000 habitants). À Biars-sur-Cère, siège des usines du groupe Andros–Bonne Maman, aucun train ne permet de rejoindre la zone avant 12 h 08.
Sur les lignes d’envergure nationale, les habitants du Massif central sont également privés de train, puisqu’il est pratiquement impossible de rejoindre l’est de la France par ce moyen. Il faut par exemple 8 h 26 pour faire le trajet Limoges–Saint-Étienne, avec une partie en bus, alors qu’il faut à peine trois heures en voiture. L’annonce récente d’une ligne Bordeaux–Lyon passant par Paris et non par le centre de la France n’a fait qu’amplifier la colère des manifestants et leur sentiment de mépris et d’abandon.
Quand il y a des trains, le voyage peut s’avérer un véritable parcours du combattant. La ligne Paris–Orléans–Limoges–Toulouse est ainsi tristement célèbre auprès de ses usagers pour ses retards de plusieurs heures presque habituels. Les « sans trains » du Limousin, du Massif central ou d’Occitanie, quand ils ont la chance de pouvoir prendre l’un des rares trains qui passent dans les petites gares, deviennent aussi des « sans guichets », laissés seuls avec la fermeture de plus en plus récurrente des guichets, dénoncée par les collectifs locaux de défense des lignes, notamment pour les personnes à mobilité réduite.
Un enjeu écologique et social au cœur de la loi-cadre
Autre enjeu majeur pointé par les « sans trains » : l’enjeu écologique et économique de sortir du tout-routier, qui coûterait collectivement six fois plus cher qu’un véritable maillage territorial ferroviaire. Alors même que le gouvernement affiche, dans la prochaine loi-cadre sur les transports, l’ambition de se tourner vers des modes plus écologiques, le fret ferroviaire français, qui devrait donc être à la hausse pour permettre le report modal des camions, observe une chute de 17 %. Le comité de défense de la ligne Brive–Aurillac regrette par exemple que l’entreprise Andros n’utilise plus le fret ferroviaire et privilégie le transport routier, alors que jusqu’en 1986 elle y recourait, à une période où les enjeux écologiques étaient pourtant peu considérés.
Dans une lettre adressée au président de la République et aux membres du gouvernement, les « sans trains » demandent de ne plus être considérés comme des citoyens de seconde zone « qui payent des impôts en étant spoliés quant à leur utilisation » et dénoncent une politique qui rompt, selon eux, avec le principe d’égalité en les privant du droit à la mobilité.
Reste à savoir si ces revendications ont été entendues par Philippe Tabarot, ministre des Transports, qui a présenté son projet de loi-cadre cette semaine en Conseil des ministres. Déjà dénoncé par les syndicats comme « 100 % libéral », le texte prévoirait une hausse des prix des billets TER pour les voyageurs et ne fixerait aucun montant précis d’investissement pour le ferroviaire. Il en faudra sans doute davantage pour répondre aux enjeux sociaux, écologiques et économiques du rail et apaiser la colère des « sans trains », qui réclament un grand plan de reconstruction, de réouverture et de développement du réseau ferroviaire de maillage du territoire.


















