L’Hymne des femmes, l’Histoire derrière les paroles

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L’Hymne des femmes, l’Histoire derrière les paroles

Connu de toutes et tous, l’Hymne des femmes résonne régulièrement dans nos cortèges, notamment lors des manifestations du 8 mars, pour le droit à l’avortement ou lors des congrès. Publié en février 1972 dans le journal du MLF Le Torchon brûle, il a depuis conquis l’espace public et les répertoires militants.

Si beaucoup connaissent les paroles, l’histoire de leur écriture et de leur mélodie reste souvent méconnue.

À l’origine : le MLF

Le Mouvement de Libération des Femmes (MLF) est une organisation féministe née à la fin des années 1960. Des figures comme Gisèle Halimi en font partie, et elles luttent pour le droit à l’avortement, l’accès à la contraception, la féminisation des organisations politiques, ou encore la libre disposition du corps des femmes.

Comme souvent, elles travaillent à créer des slogans et des chants pour accompagner leurs mobilisations.

Le MLF est partie prenante des grands combats féministes du XXe siècle : accès à l’avortement, à la contraception, ou encore à la libre disposition du corps des femmes. L’organisation remet en cause la société patriarcale. Elle est un mouvement non-mixte et social-démocrate, réunissant autant des militantes de gauche que de centre-droit.

À l’origine des paroles, un hommage aux femmes de la Commune

Tout commence lors de la préparation d’un hommage à la mémoire des femmes engagées dans l’insurrection de 1871, prévu le 28 mars 1971 au monument aux morts de la Commune d’Issy-les-Moulineaux.
Un groupe de militantes du MLF et de collectifs associés se réunit alors chez Monique Wittig (1935–2003), romancière, philosophe et militante lesbienne, pour travailler leur répertoire de chants.

Face au succès du chant, qui relie souvenir de la déportation et dénonciation de la domination patriarcale, ses paroles sont publiées dans Le Torchon brûle en 1972. Dès lors, les paroles du Chant des femmes, sur l’air du Chant des marais, battent le pavé des mobilisations féminines et féministes.

À l’origine de la mélodie, des communistes allemands

La mélodie de l’Hymne des femmes fut composée et mise en musique en 1933 par trois membres du Parti communiste allemand : Johann Esser (mineur), Wolfgang Langhoff (metteur en scène) et Rudolf Goguel (employé de commerce), lorsqu’ils furent internés au camp de Börgermoor (Basse-Saxe, Allemagne). Leur chant, intitulé Wir sind die Moorsoldaten (Nous sommes les soldats du marais), est devenu un symbole de résistance face au nazisme.

Traduit en français sous le titre Le Chant des marais, il a connu plusieurs versions, venues entre autres d’URSS, du camp féminin de Ravensbrück, ou d’autres camps de concentration en Pologne.
Si l’air reste inchangé, la langue et le contenu varient au fil des adaptations. La mélodie voyage à travers les camps, puis résonne quelques années plus tard au sein des Brigades internationales.

Dans les années 1950, Le Chant des marais est repris dans les chorales ouvrières françaises et les colonies de vacances de Josée Contreras, avant d’être adopté par plusieurs mouvements, dont la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC). C’est à partir de ces reprises qu’il entre dans la mémoire collective militante et inspire, plus tard, l’Hymne des femmes.

Des paroles équivoques, toujours d’actualité

Les paroles, à la fois poétiques et combatives, continuent de résonner sur le pavé par leur actualité :

Nous qui sommes sans passé, les femmes
Nous qui n’avons pas d’histoire
Depuis la nuit des temps, les femmes
Nous sommes le continent noir.

Refrain
Levons-nous femmes esclaves
Et brisons nos entraves
Debout, debout, debout !

Asservies, humiliées, les femmes
Achetées, vendues, violées
Dans toutes les maisons, les femmes
Hors du monde reléguées.

Seules dans notre malheur, les femmes
L’une de l’autre ignorée
Ils nous ont divisées, les femmes
Et de nos sœurs séparées.

Le temps de la colère, les femmes
Notre temps est arrivé
Connaissons notre force, les femmes
Découvrons-nous des milliers !

Reconnaissons-nous, les femmes
Parlons-nous, regardons-nous
Ensemble on nous opprime, les femmes
Ensemble révoltons-nous !

Dernier refrain
Levons-nous femmes esclaves
Et jouissons sans entraves
Debout, debout, debout !


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