Alors que les États-Unis et Israël redoublent d’agressivité contre l’Iran et le Liban et que le détroit d’Ormuz est toujours bloqué, Emmanuel Macron s’est adressé à la nation mardi à 20 h 00. Validant le discours étatsunien sur les causes du conflit, il a pointé du doigt l’Iran, coupable selon lui de développer un programme d’armement nucléaire et balistique. Comme si le retrait unilatéral des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien en 2018 et les salves de sanctions qui s’en sont suivies n’avaient pas existé.
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Toutefois, le locataire de l’Élysée a tenté de se démarquer des positions extrémistes de Washington et de Tel-Aviv. Il a ainsi déploré des frappes sur l’Iran et le Liban contraires au droit international que la France « ne pouvait cautionner ». Enfin, pour faire face à une riposte iranienne potentielle, le chef de l’État a annoncé le déploiement du porte-avions Charles-de-Gaulle en Méditerranée, laissant présager un risque d’escalade guerrière dans la région.
Une autonomie européenne introuvable
Comme lors de son discours à l’Île Longue, Emmanuel Macron a tenté de suivre une ligne de crête entre autonomie européenne et refus de la rupture avec Washington. Un fil rouge que le président tente de suivre depuis son discours de la Sorbonne de 2017, où il avait plaidé en faveur d’un saut fédéral européen. Malheureusement pour l’Élysée, l’indépendance du Vieux Continent vis-à-vis de la Maison Blanche reste et restera un vœu pieux.
Contre la possibilité d’un monde multipolaire, les États-Unis sont décidés à réaffirmer leur hégémonie par la violence. Donald Trump mène ainsi une politique d’agression contre ses rivaux, que ce soit à travers des droits de douane, des enlèvements de chefs d’État ou des frappes militaires. Face à la brutalité de Washington, les Européens se sont pour l’instant distingués par leur incapacité à s’opposer sérieusement aux exigences de la Maison Blanche. Pire, ils partagent parfois la même vision du monde.
Dans son discours du 3 mars comme dans celui de la veille, Emmanuel Macron a multiplié les appels du pied pour un nouveau saut fédéral européen. À travers le concept de « dissuasion avancée », l’Élysée a proposé d’élargir le parapluie nucléaire français à plusieurs pays du continent. Lors de ses vœux du 31 décembre dernier, le chef de l’État avait déjà insisté sur la nécessité d’une politique de défense européenne.
Un projet qui peut séduire certains, notamment ceux qui voient l’Europe comme le phare de la démocratie, mais qui ne peut aboutir. En effet, l’intégration des pays de l’Union européenne dans l’OTAN rend caduc toute indépendance stratégique. Les Européens ont par ailleurs accepté les exigences de la Maison Blanche en portant leurs dépenses militaires à 2 puis à 5 % de leur PIB respectif. Comme nous avions accepté en 2022 d’acheter au prix fort le gaz liquéfié américain au début de la guerre en Ukraine.
Sur l’Iran, alors que nous l’avions signé, nous n’avons rien fait pour défendre l’accord sur le nucléaire iranien face aux attaques de Trump.
Plus récemment, en juillet 2025, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a approuvé un accord commercial particulièrement scandaleux avec les États-Unis. Ce deal prévoyait une taxe à 15 % sur la plupart des produits européens. L’Union s’engageait également à acheter sur trois ans 750 milliards de dollars de gaz et de pétrole américains. Il était aussi attendu des entreprises européennes un investissement de 600 milliards de dollars aux États-Unis d’ici 2028.
Seule l’annulation des droits de douane imposée par Trump a mis l’accord en suspens. La Cour suprême, peuplée de juges conservateurs, s’est ainsi montrée plus incisive vis-à-vis des droits de douane étatsuniens que… l’Union européenne.
Par ailleurs, les pays européens sont loin d’être alignés sur le plan politique et n’ont pas toujours les mêmes priorités. Donald Trump peut ainsi régulièrement s’appuyer sur l’Italie de Giorgia Meloni ou sur l’hostilité de la Pologne à la Russie pour faire céder ses partenaires. Sur le plan politique, la progression de l’AfD, du RN ou de Reform annonce également un réalignement des Européens sur la Maison Blanche, cette fois autour d’un narratif identitaire et raciste.
Dans ce contexte, on voit mal comment les projets d’autonomie européenne seraient voués à autre chose qu’à se fracasser sur le mur de la réalité.
La logique de l’hégémonie américaine
Pour ce qui concerne la politique d’agression des États-Unis contre le reste du monde, elle est, contrairement à ce que l’on affirme parfois, parfaitement rationnelle. L’hégémonie américaine est menacée par la possibilité d’un monde multipolaire : remise en cause de l’hégémonie du dollar, développement de la Chine qui rivalise désormais avec les États-Unis dans plusieurs domaines, ou encore élargissement des BRICS.
Washington doit frapper maintenant tant que le rapport de force lui est encore favorable. En mettant le Mexique et le Venezuela sous pression, Trump espère pouvoir conclure des traités inégaux et étouffer définitivement Cuba. En brisant l’Iran, il assure l’ascendant d’Israël au Moyen-Orient et attaque une chaîne d’approvisionnement en pétrole de la Chine.
Et dans le fond, Emmanuel Macron partage la vision du président américain. Dans son discours d’hier comme dans celui de l’Île Longue, ses mots les plus durs ont été pour la Chine et la Russie, qu’il qualifie de « nouveaux empires », bien plus que pour les États-Unis pourtant en position assumée d’agresseur.
La possibilité d’un monde multipolaire est vue par l’Élysée comme une menace. Aucune entente sérieuse n’est possible avec les pays remettant en cause l’hégémonie du centre impérialiste sur le monde. Pour les libéraux, l’Iran et le Venezuela auront toujours tort, même lorsqu’ils sont agressés de la pire des manières.
À l’inverse, les États-Unis resteront un partenaire. Ils peuvent mener une politique de racket, Emmanuel Macron les remerciera de nous inciter « à prendre davantage notre destin en main ». En bref, nos dirigeants préfèrent être des vassaux de Washington plutôt que de discuter avec le reste du monde.
L’autonomie européenne est impossible du fait de l’occidentalisme qui justifie sa construction.
La question de l’indépendance
Pourtant, la voix de l’indépendance existe. Mais elle est nationale.
Face au nouveau monde qui se dessine, notre chef de l’État reste bloqué dans un fantasme du passé. Pour lui, de nouvelles déceptions sont à venir.


















