Dimanche 22 mars, le communiste Vincent Bouget a remporté la mairie de Nîmes avec 40,97 % des voix, mettant fin à vingt-cinq ans de gestion de droite. Une victoire historique pour le PCF, qui fait de la préfecture du Gard la plus grande ville communiste de France.
Un résultat arraché face au RN et à la droite divisée
La triangulaire nîmoise était à couteaux tirés. Au premier tour, le 15 mars, seulement 163 voix séparaient le candidat du Rassemblement national Julien Sanchez (30,39 %) et Vincent Bouget, à la tête de la liste d’union de la gauche « Nîmes en commun » (30,05 %). La droite, présentée sur deux listes concurrentes avant de fusionner in extremis, terminait loin derrière. Au second tour, la dynamique s’est inversée : la participation a bondi à 57,86 %, et Vincent Bouget a distancé le RN de près de 1 900 voix — 40,97 % contre 37,52 % pour Julien Sanchez et 21,51 % pour la liste de droite conduite par Franck Proust.
L’incapacité de la droite et de l’extrême droite à s’entendre entre les deux tours a ouvert un boulevard à la gauche unie. Mathématiquement, l’addition des votes des droites dépassait largement la gauche — mais les reports de voix entre LR et RN ont été nettement insuffisants pour conserver la ville. Julien Sanchez a annoncé un recours en annulation.
Dix-huit mois de travail de terrain, une coalition large
La victoire de Vincent Bouget ne doit rien au hasard. Ce professeur d’histoire-géographie de 46 ans, secrétaire départemental du PCF depuis 2014, a construit sa campagne sur dix-huit mois de concertation avec les habitantes et les habitants, à travers une enquête filmée inédite, des dizaines de débats de quartier et plus de 1 600 participants revendiqués dans les réunions publiques. Il a su réunir autour de sa liste l’ensemble de la gauche — PS, Écologistes, Génération.s, Place Publique, Parti radical de gauche — à l’exception de La France insoumise.
Sa méthode tranche avec les pratiques habituelles : pas de directeur de campagne, pas de chargé de communication, des discours rédigés seul. « Je ne voulais pas qu’il y ait quelqu’un entre moi et les autres », a-t-il expliqué. C’est au bar Le Prolé — là où ses parents militants communistes se sont rencontrés — qu’il a fêté sa victoire, sous les acclamations d’une foule en liesse. Le lendemain matin, dès 8 heures, son premier déplacement était pour les ateliers municipaux, à la rencontre des agents de la ville.
Lire aussi : Entretien avec Iris Bouchonnet, jeune élue communiste rennaise
Une victoire symbolique pour le PCF
Nîmes devient ainsi la plus grande ville de France dirigée par le Parti communiste. Le PCF y avait déjà gouverné de 1965 à 1983, puis de 1995 à 2001 sous Alain Clary. L’ancien maire, qui avait lui-même connu la même configuration — une droite fractionnée battue par la gauche unie — s’est réjoui de voir son successeur incarner « une nouvelle génération, un nouvel esprit ».
La victoire nîmoise s’inscrit dans un contexte électoral national où le PCF confirme sa capacité à ancrer des dynamiques locales de rassemblement populaire. « Face à la tentation du repli, de la division, vous avez fait le choix de la solidarité », a lancé Vincent Bouget depuis le balcon de l’hôtel de ville. Ses priorités annoncées : être présent sur le terrain tous les jours, lutter contre les trafics dans les quartiers populaires, et faire de Nîmes « une grande ville méditerranéenne qui compte » où chacune et chacun trouve sa place.
La droite perd avec Nîmes l’une de ses dernières grandes villes. Le RN constitue désormais la principale force d’opposition au conseil municipal, avec 11 élus sur 59 sièges. La gauche en dispose de 42.


















