« Avec un peu de recul, si l’on regarde la façon dont on a financé l’ESR ces dix dernières années, on a beaucoup concentré les moyens sur les grandes universités de recherche. J’y ai contribué, et ce n’était pas absurde : on avait besoin de sites puissants, de potentiel de recherche concentré. » – Philippe Baptiste – Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche
On a connu des ministres déconnectés ; rarement autant d’énormités en deux phrases. Philippe Baptiste, après s’être fâché avec les présidents d’université, n’en finit plus de creuser.
Est-il au courant que le budget de l’ESR est en baisse nette depuis plusieurs années ? Que même les « grandes universités de recherche » finissent l’année dans le rouge ? On ne peut pas décemment dire qu’on a concentré quelque moyen que ce soit dans l’ESR ces dix dernières années.
Aujourd’hui, les universités françaises sont bien loin des « sites puissants » évoqués par M. Baptiste. Et si c’est le cas des universités des grandes métropoles, la réalité est bien pire ailleurs.
M. Baptiste feint de s’interroger : « Il va falloir, à un moment ou à un autre, se reposer la question : que se passe-t-il en dehors des grandes métropoles ? Et que se passe-t-il, en particulier, pour les jeunes de ces territoires, lorsqu’il s’agit d’accéder à l’université ? »
Monsieur le Ministre, la question, nous, on ne se la pose pas. C’est notre quotidien. C’est ce qu’on vit quand on vient d’un petit village qui n’a même pas un collège, ou quand il n’y a qu’une antenne universitaire dans le département, avec une offre CROUS inexistante. Quand on en a les moyens, on part. On fait la route, 2 à 3 heures, parfois plus, pour rejoindre les grandes villes. Et on connaît les galères pour trouver un logement. Quand on ne peut pas partir, on reste et on se résigne.
Alors si vous vous posez vraiment la question de ce qu’il faut faire pour le système universitaire, notre réponse est simple : plus de moyens pour un service public de l’ESR fort, et la construction d’au moins six nouvelles universités dans les territoires qui en sont dépourvus. Votre politique de diète budgétaire n’est pas ce que nous voulons pour l’ESR français, ce n’est pas ce que nous voulons pour la jeunesse. Nous refusons la résignation.


















