Depuis le mois de septembre, Madagascar est secoué par un mouvement contestataire d’ampleur, qui a conduit à la fuite du président Andry Rajoelina et à la prise de pouvoir par l’armée.
Une situation mouvante et incertaine
Parti de revendications concrètes face aux coupures de courant récurrentes, le mouvement populaire a rapidement pris la forme d’une révolte nationale contre le système en place. La répression ordonnée par Rajoelina a fait plus de vingt morts avant que la police et l’armée ne se rallient progressivement aux manifestants.
Ce basculement a entraîné l’exfiltration du président par l’armée française, le 12 octobre, puis la prise du palais présidentiel par une unité de l’armée, le Capsat.
Mais si la mobilisation malgache a été marquée par son élan populaire et la jeunesse, elle est aujourd’hui dépassée par la junte militaire dirigée par le colonel Michael Randrianirina. Suspendu de l’Union africaine, le pays tente de rétablir une façade de légitimité. Le Sénat et la Haute Cour constitutionnelle ont été dissous, mais l’Assemblée nationale — qui avait voté la destitution du président en fuite — continue de siéger.
Après consultation de celle-ci, le colonel Randrianirina a nommé Herintsalama Rajaonarivelo Premier ministre. Ancien président de la Banque nationale de l’industrie, ce technocrate promet des élections rapides et des réformes profondes.
La main de la France
Rajoelina, quant à lui, n’a pas renoncé. Exfiltré par la France, il a depuis annoncé — dans l’indifférence générale — la dissolution de l’Assemblée nationale. Le président déchu, déjà arrivé au pouvoir par un coup d’État en 2009, conserve pourtant un précieux allié : Emmanuel Macron, qui continue de lui apporter un soutien politique.
Paris justifie son ingérence en évoquant une hypothétique influence russe. Mais quelques jours après l’exfiltration, un décret de grâce présidentielle signé par Rajoelina en faveur de huit détenus français à Madagascar a confirmé la contrepartie de cette protection. Mise en échec au Sahel, la France cherche à conserver son influence sur « l’île rouge ».
La génération Z en révolte
Madagascar rejoint ainsi la longue liste des pays traversés par la révolte de leur « Gen-Z » : Maroc, Népal, Pérou, Indonésie… Ces mobilisations, souvent spontanées et désorganisées, partagent des codes communs — drapeaux d’anime, réseaux sociaux, humour subversif — et traduisent la même colère : celle de jeunesses qui se sentent excluent de systèmes qu’elles jugent inégalitaire et corrompu.
Les revendications, parfois contradictoires, mêlent aspirations démocratiques, exigences sociales et besoin de reconnaissance.
À Madagascar, cette spontanéité a permis à une jeunesse marginalisée d’exister politiquement dans une ploutocratie verrouillée, et d’ébranler un peu plus un système néocolonial à bout de souffle.


















