Parcoursup 2026, une machine à trier sous couvert d’orientation

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Parcoursup 2026, une machine à trier sous couvert d’orientation

Parcoursup, un tri social institutionnalisé

La campagne Parcoursup 2026 débute avec l’ouverture des vœux le 19 janvier et une clôture prévue le 12 mars. Comme chaque année, la plateforme suscite de nombreuses critiques. Loin d’apparaître comme un outil d’orientation équitable, elle est souvent perçue comme un mécanisme de tri social. Près d’un million de candidats — lycéennes, étudiants en réorientation ou adultes en reprise d’études — doivent composer avec une procédure jugée opaque, stressante et parfois décevante.

Officiellement, Parcoursup repose principalement sur les résultats scolaires et la cohérence du projet de formation motivé. Toutefois, lorsque le nombre de candidatures dépasse celui des places disponibles, certaines formations prennent également en compte la rubrique « Activités et centres d’intérêt ». Engagement associatif, pratiques sportives ou artistiques, voyages ou expériences personnelles peuvent ainsi être valorisés.

Dans les faits, ces critères favorisent davantage les candidats issus de milieux favorisés, qui disposent plus souvent des ressources économiques et culturelles nécessaires pour multiplier ce type d’expériences. Ce biais est loin d’être marginal. Dans certaines licences, doubles licences ou écoles privées post-bac — notamment les écoles de commerce — les activités extrascolaires peuvent représenter jusqu’à 20 % de l’évaluation du dossier. Un séjour à l’étranger ou un engagement associatif régulier peut alors faire basculer une candidature, au détriment de jeunes qui n’ont pas eu la possibilité d’y accéder.

Des inégalités de genre toujours à l’œuvre

À ces inégalités sociales s’ajoutent des disparités de genre persistantes. Bien que l’accès à la plateforme soit théoriquement identique pour toutes et tous, les choix d’orientation restent fortement marqués par les stéréotypes. Les jeunes femmes formulent plus fréquemment des vœux vers des filières moins sélectives ou moins techniques, tandis que les garçons sont proportionnellement plus nombreux à candidater dans les domaines scientifiques, technologiques ou vers des formations très sélectives comme les classes préparatoires.

Cette segmentation, visible dès Parcoursup, contribue à maintenir une sous-représentation des femmes dans les sciences et l’ingénierie, malgré des résultats scolaires souvent supérieurs.

Par ailleurs, de nombreux candidats dénoncent un manque de transparence dans les procédures de sélection. Les critères exacts de classement restent difficiles à comprendre, tout comme les raisons expliquant l’acceptation ou le refus d’un dossier. Cette opacité est particulièrement marquée dans certaines formations attractives ou sélectives, comme les licences en tension ou les prépas intégrées, et se trouve renforcée par la confusion entre établissements publics, privés et formations sélectives.

Marchandisation du supérieur et contournement de Parcoursup

Enfin, Parcoursup s’inscrit dans un contexte plus large de marchandisation de l’enseignement supérieur. Alors que la plateforme demeure la voie principale d’accès au post-bac, les formations privées hors Parcoursup se multiplient et attirent un nombre croissant d’étudiants. En 2025, près de 27 % des étudiants étaient inscrits dans le privé, contre seulement 5 % il y a vingt ans. Ces établissements, souvent coûteux et recrutant via leurs propres procédures, échappent au cadre de Parcoursup.

Une part importante de ces écoles privées propose des formations en alternance, présentées comme une solution d’insertion professionnelle rapide. Toutefois, ce modèle soulève des critiques : certaines structures reposent largement sur le travail des étudiants en alternance comme main-d’œuvre à bas coût, parfois au détriment de la qualité de la formation dispensée. Si certaines délivrent des titres reconnus par l’État, d’autres restent peu encadrées, avec des exigences pédagogiques limitées et une forte dépendance aux entreprises d’accueil. Cette situation a conduit le ministère à envisager une labellisation plus stricte à l’horizon 2027.

Cette expansion du secteur privé accentue les inégalités. Elle favorise les jeunes capables de financer leur formation ou d’accéder plus facilement à des contrats d’alternance, et réduit la pression exercée sur l’État pour développer un enseignement supérieur public accessible à toutes et tous.

Ainsi, Parcoursup apparaît moins comme une simple étape administrative que comme un révélateur des fractures sociales et genrées de l’accès à l’enseignement supérieur. Présenté comme un outil fondé sur le mérite, le système tend à renforcer les inégalités existantes.


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