Il y a quinze jours, Sophie Adenot arrivait sur l’ISS. Sur les onze astronautes français ayant eu ce privilège, elle est seulement la deuxième femme, après Claudie Haigneré, trente ans plus tôt. L’information pourrait sembler anecdotique. Pourtant, elle est le symptôme d’un problème structurel qui commence dès l’école.
Car derrière cette exception qui fait la fierté nationale se cache une réalité beaucoup moins reluisante : 74 % des femmes déclarent n’avoir jamais envisagé d’études supérieures ou un métier dans le domaine technique ou scientifique. Depuis la réforme du baccalauréat de 2019, on compte 60 % de lycéennes en moins dans les filières scientifiques. À cela s’ajoute Parcoursup, qui impose des choix de plus en plus précoces et de plus en plus déterminants.
Cette orientation différenciée a des conséquences concrètes dans la vie professionnelle. En 2023, 26,5 % des femmes occupaient un emploi à temps partiel, contre seulement 8,7 % des hommes. Elles sont ainsi les premières exposées à la précarité, aux carrières hachées, aux salaires plus faibles et aux retraites amputées.
Le gouvernement ne prétend même pas ignorer le problème. Il y répond par des campagnes de communication ou par des dispositifs expérimentaux isolés. Quelques affiches, quelques interventions ponctuelles, mais aucune remise en cause profonde du système d’orientation et de sélection.
Car le cœur du problème est là : une école soumise à la logique de la compétition et du tri social ne peut produire que des inégalités renforcées. L’émancipation des femmes, dans les sciences comme ailleurs, est incompatible avec une société capitaliste.
Ce qu’il nous faut, c’est la fin de la sélection, des moyens massifs pour l’éducation et, surtout, une véritable politique progressiste de l’orientation. Une orientation qui accompagne, qui ouvre les possibles, qui combat les stéréotypes au lieu de les entériner. Une orientation qui ne laisse pas les adolescentes seules face à leur écran au moment de décider de leur avenir.
Permettre aux femmes d’accéder pleinement aux sciences, ce n’est pas une question d’image ou de statistiques. C’est une question de justice sociale, d’égalité réelle et de transformation profonde de notre société.


















