Dans la nuit du 2 au 3 janvier, les États-Unis ont bombardé Caracas, la capitale du Venezuela, et kidnappé Nicolas Maduro, le président du pays, ainsi que sa femme, Cilia Flores.
Cette attaque frontale et violente, au mépris total du droit, a été fortement condamnée par l’ONU et une majorité de la communauté internationale, mais saluée ou timidement critiquée par les dirigeants occidentaux. Tous ont cependant constaté qu’elle représentait un tournant dans la politique états-unienne et établissait un précédent dangereux, déstabilisant encore davantage l’ordre mondial.
On peut alors se poser la question suivante : pourquoi cette attaque ? Pourquoi le Venezuela ? Et pourquoi maintenant ?
Une intervention qui s’inscrit dans une longue histoire impérialiste
Les États-Unis n’en sont pas à leur coup d’essai, et l’attaque sur Caracas peut rappeler d’autres coups de force, comme le renversement de Pinochet en 1973 ou le déclenchement de la guerre d’Irak en 2003, parmi de très nombreuses autres exactions.
Cependant, il ne faut pas ignorer que la conjoncture est différente et que, par conséquent, les objectifs le sont aussi.
Les USA ont rapidement abandonné, dans leur propre discours, la question de la défense de la démocratie ou de la lutte contre le narco-trafic, un argumentaire qui ne tenait pas face à l’évidence des faits. Trump a, sans surprise, déclaré en conférence de presse être hautement intéressé par les réserves pétrolières du Venezuela. Il y a de quoi : celles-ci sont les plus importantes du monde, représentant 17 % du brut mondial.
Il s’est ainsi entretenu avec 14 compagnies, comme ExxonMobil, ConocoPhillips ou Chevron, et a annoncé au moins 100 milliards d’investissements afin de rénover les infrastructures et de tirer un maximum de profit de cette manne.
Le Venezuela oppose malgré tout une résistance, et la vice-présidente Delcy Rodríguez, qui assure la présidence par intérim, est actuellement engagée dans un bras de fer avec l’administration états-unienne.
Doctrine Monroe et recomposition politique en Amérique latine
Pourtant, tout n’est pas si simple, et le pétrole n’est pas l’unique objectif poursuivi par les États-Unis.
L’opération « Absolute Resolve » menée à Caracas s’inscrit également dans un contexte historique et géopolitique plus large. Le deuxième mandat de Trump se caractérise par une insistance marquée sur la « doctrine Monroe » et sur la nécessité d’un contrôle de « l’hémisphère occidental », comme le rappelait en décembre le document de stratégie de sécurité nationale.
Ces derniers mois, les USA ont pesé très lourdement sur les élections en Amérique latine, à coups de chantage économique et diplomatique et de déstabilisation politique. Ainsi, plusieurs gouvernements de gauche sont tombés l’an passé, au Honduras, au Chili et en Bolivie. En Argentine, Milei a remporté les élections législatives grâce au soutien financier de Washington.
À présent, plus d’une dizaine de pays du continent sont favorables aux intérêts états-uniens. Dans ce contexte, l’attaque contre le Venezuela constitue à la fois un avertissement et un moyen de déstabiliser économiquement les quelques pays qui s’opposent encore à Trump.
Le Venezuela, pièce centrale d’un affrontement global
Dans le viseur de l’administration états-unienne figure en particulier Cuba, pour qui le pétrole vénézuélien est vital. Depuis l’enlèvement de Maduro, Trump et Marco Rubio ont, à plusieurs reprises, menacé l’île. Son dirigeant, Miguel Díaz-Canel, a réaffirmé que son peuple était prêt à « défendre la Patrie jusqu’à la dernière goutte de sang ».
Mais au-delà de la région, l’attaque du Venezuela s’inscrit aussi dans la guerre économique que les États-Unis mènent à la Chine. Si l’impérialisme états-unien redouble de violence en Amérique du Sud, c’est parce qu’il se heurte à d’autres blocs économiques et à ses propres contradictions.
La Chine, notamment à travers son programme des « Nouvelles routes de la soie », est présente dans la région. Toutefois, le pétrole vénézuélien ne représente que 5 % de ses importations de brut. Il est donc loin d’être indispensable à la République populaire.
Dans le même temps, les USA ont cette année contraint le Panama à se retirer du programme de développement chinois sous la menace. Le pétrole vénézuélien, difficile à extraire et à raffiner, ne constitue donc pas seulement un intérêt immédiat pour Washington, mais aussi un levier stratégique supplémentaire dans la lutte pour le contrôle des marchés et des chaînes de valeur.
Attaquer le Venezuela présentait ainsi un triple intérêt : matériel, avec l’accès aux hydrocarbures ; politique, avec la chute d’un régime ennemi ; et géostratégique, avec la déstabilisation de la région et le coup porté à la Chine.


















