Que se passe-t-il au Soudan ?

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Que se passe-t-il au Soudan ?

Il y a deux semaines, la population de la ville d’El Fasher a subi une tuerie de masse que certains qualifient déjà de génocide.

« El Fasher n’est plus une ville assiégée : c’est un charnier à ciel ouvert. »

D’une révolution à une guerre de généraux

La Révolution soudanaise avait pourtant suscité l’espoir pour tout le pays en 2019, en mettant fin à la dictature islamiste et néolibérale trentenaire d’Omar al-Bashir et en amorçant une transition démocratique.

En 2021, ce processus hybride civilo-militaire a été brutalement confisqué par un coup d’État mené par deux chefs militaires : Abdel Fattah al-Burhan et Muhammad Hamdan Dagalo, alias “Hemetti”.

Le “président” al-Burhan dirige l’armée soudanaise, tandis que son vice-président Hemetti est le chef des Forces de soutien rapides (FSR), nouveau nom de la plus puissante des milices Janjawid, autrices de crimes de guerre lorsqu’elles avaient été employées par l’ex-dictateur Omar al-Bashir au Darfour. La rivalité militaire, économique et politique entre les deux putschistes s’est accumulée pendant deux ans avant d’escalader en conflit généralisé à partir de 2023.

Le massacre d’El Fasher

Les deux ans de combats ont causé la mort de 150 000 personnes. Le gouvernement soudanais a repris le contrôle de tout l’Est du pays : de la côte de la mer Rouge avec le port stratégique de Port-Soudan, aux rives arables du Nil Bleu et du Nil Blanc qui confluent à la capitale en ruines, Khartoum.

« Khartoum est détruite, mais c’est au Darfour que la guerre atteint son paroxysme. »

À l’Ouest, les FSR (milice privée soutenue par les Émirats Arabe Unis) ont pris le contrôle de la région du Darfour, où sont concentrés les gisements d’or. Jusqu’à récemment, El Fasher était la dernière capitale des cinq États du Darfour qui résistait encore à la milice et à ses crimes de guerre.

En carte
Guerre civile soudanaise : situation militaire
Répartition des territoires contrôlés au 8 septembre 2025
Carte de la guerre civile soudanaise : situation militaire au 8 septembre 2025
Lecture de la carte
  • Zones en rose : territoire contrôlé par les forces armées soudanaises.
  • Zones en bleu : territoire contrôlé par les Forces de soutien rapide (FSR).
  • Autres couleurs : territoires tenus par des mouvements armés régionaux (MPLS-N al-Hilu, MLS al-Nour, etc.).
  • Les lignes indiquent les principaux axes routiers et les points rouges, les grandes villes.
Source : ElijahPepe, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0.

À l’issue d’un siège de dix-huit mois, durant lequel de nombreuses alertes humanitaires ont été lancées, les FSR ont percé les défenses de la ville le 26 octobre. Ils ont ensuite massacré hommes, femmes et enfants. Ce bain de sang était visible à la fois sur images satellites et sur les réseaux sociaux où les soldats diffusaient leur “exploit”.

« Le massacre n’a pas été caché : il a été exhibé. »

Le bilan des victimes est encore imprécis, mais des estimations évoquent déjà plusieurs milliers, voire plusieurs dizaines de milliers de tués, auxquels il faudra ajouter les victimes de blessures, de viols et de famine. Le motif de suprémacisme ethnique arabe des FSR, hérité des Janjawid, mène certains à parler de génocide.

L’or soudanais convoité

Provincial perçu d’abord comme un simple homme de main par les bourgeois de la capitale, Mohamed Hamdan Dogolo (alias Hemetti) , à la tête des FSR, est devenu aujourd’hui l’homme le plus riche du pays. Il contrôle la région la plus riche en or du troisième producteur africain de métal jaune.

Le cours de l’or s’envole (+20 % en trois mois, +100 % en trois ans), ce qui lui permet d’acheter des armes, notamment auprès des Émirats arabes unis (EAU), qui se fournissent préalablement chez les États-Unis et divers pays européens dont la France.

Son alliance avec les EAU est durable : ceux-ci avaient fait appel aux FSR pour se battre contre les Houthis au Yémen, ce qui avait poussé l’Iran, allié des Houthis, à défendre immédiatement al-Burhan dès qu’il fut attaqué par Hemetti.

Dans un premier temps, les FSR s’étant assuré le soutien du groupe Wagner. Cependant il serait erroné d’en conclure un soutient de la Russie au FSR. Le Kremlin s’aligne avec l’Iran en soutenant l’armée régulière soudanaise. Cela bien qu’il reste un gros client de l’or injecté aux EAU, qui lui permet, comme à de nombreux autres pays, de contourner les sanctions étasuniennes.

Résistance du Parti communiste soudanais

À l’image de la population soudanaise, le Parti communiste soudanais (PCS) est pris entre deux feux. Peu après le coup d’État du tandem militaire, le PCS était à nouveau moteur des manifestations de la population civile demandant le retour du processus démocratique.

Cela a valu l’arrestation et l’envahissement du domicile de leur secrétaire général Muhammad Mukhtar Al-Khatib par l’armée soudanaise. Au début des affrontements entre les FSR de Hemetti et l’armée Soudanaise d’al-Burhan, ce sont cette fois les FSR qui ont occupé le siège du PCS.

Suite au massacre d’El Fasher, le PCS a publié un communiqué condamnant les criminels du FSR, mais également l’inaction du gouvernement soudanais et de ses soutiens internationaux, qui ont privilégié les intérêts militaires et commerciaux à la protection des populations.

Le PCS appelle à poursuivre les mobilisations démocratiques et pacifiques internes, doublées de la constitution d’une force de maintien de la paix régionale sous l’autorité de l’Union africaine, afin de contrecarrer le monopole diplomatique convoité par les États-Unis.

« Sans pression internationale, les massacres continueront dans l’impunité. »

Enfin, le PCS appelle les peuples et organisations du monde, notamment les partis communistes, à manifester leur solidarité avec le peuple soudanais, afin de permettre à terme des actions humanitaires concrètes, la protection des civils et des sanctions contre les auteurs de crimes de guerre et leurs soutiens internationaux.


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