Quelle stratégie énergétique pour la centrale de Gardanne ?

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Quelle stratégie énergétique pour la centrale de Gardanne ?

Le 7 décembre dernier, ils ont célébré les sept ans de la lutte engagée en 2018. Opposés à l’arrêt du charbon, leur combat est progressivement devenu celui de la bifurcation de l’outil industriel, dont l’aboutissement s’annonce en 2026 avec le développement d’une unité de biométhane.

Si la lutte des salariés a permis de préserver l’activité industrielle, elle a également posé la question plus large de l’avenir énergétique du site et de sa place dans le mix français.

Le charbon dans un mix électrique en mutation

Dans un mix dominé par le nucléaire et l’hydraulique, la production au charbon ne représentait plus qu’une part marginale. Coûteuse et fortement émettrice de dioxyde de carbone, elle était mobilisée essentiellement lors des pics de consommation.

La baisse tendancielle de la consommation d’électricité, le renforcement des interconnexions européennes et la mise en service de l’EPR de Flamanville réduisent encore les périodes de rentabilité des centrales charbon, malgré les tensions révélées par la crise énergétique de 2022.

L’arrêt du charbon répond ainsi à des considérations à la fois économiques et écologiques, même si l’absence de planification énergétique globale laisse subsister des incertitudes sur les besoins futurs.

La biomasse, une transition sous contraintes

L’unité de Gardanne maintenue en service fonctionne désormais à la biomasse. Alimentée par des déchets verts, du bois et des prélèvements forestiers, elle contribue à l’équilibre du réseau électrique.

Son fonctionnement est toutefois soutenu par un mécanisme public de rachat garantissant 4 000 heures annuelles, ce qui représente un coût pour l’usager. Cette activité permet néanmoins le maintien d’un trafic portuaire important, mobilisant environ 70 dockers, en plus des 95 salariés du site.

Le choix de la biométhanation

Face aux incertitudes, les travailleurs ont étudié plusieurs options : une unité de cogénération ou une usine de biométhanation. Cette dernière consiste à transformer des bois en fin de vie en méthane injectable dans le réseau de gaz.

La production envisagée correspondrait à la consommation d’environ 80 000 foyers. Elle permettrait une complémentarité avec le réseau électrique et valoriserait des ressources locales en augmentation, notamment les déchets issus du mobilier.

La piste de l’hydrogène a également été examinée, mais jugée prématurée à court terme.

Un montage industriel inédit

Pour concrétiser le projet, l’association des travailleurs a réuni des fonds destinés aux études préalables. La solidarité locale et des soutiens institutionnels, dont la région et la chambre de commerce et d’industrie, ont permis la création de Provence Exploitation.

La gouvernance repose sur un partage du capital : un siège pour GazelEnergie, un pour les travailleurs, deux pour Gazotech, développeur industriel associé au projet. Les études financées par l’association ont été reconnues comme apport en capital, et la formation des salariés est soutenue par la DREETS à hauteur de 500 000 euros renouvelables.

Développement productif et souveraineté énergétique

Dans un secteur aussi stratégique que l’énergie, représentant 200 millions d’euros de production annuelle, les marges d’autonomie restent contraintes. Néanmoins, les salariés entendent conserver un rôle décisif dans l’orientation de l’activité et privilégier le développement industriel.

Au-delà du cas local, cette expérience s’inscrit dans un contexte international marqué par des recompositions énergétiques et industrielles majeures. La question du développement des forces productives, de leur maîtrise et de leur orientation vers les besoins collectifs demeure centrale pour concilier souveraineté énergétique et transition écologique.


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