« Parler d’éducation publique signifie que la société subvient aux besoins des enfants, qu’elle ne leur donne pas seulement les moyens de subsistance, mais veille aussi à ce qu’ils aient tout ce dont ils ont besoin pour se développer pleinement. »
— Nadejda Kroupskaïa
Un budget en hausse, un service public qui recule
C’est par ces mots que Nadejda Kroupskaïa trace au début du XXᵉ siècle de grandes ambitions pour une éducation révolutionnairement émancipatrice. Mais aujourd’hui, l’enseignement pour toutes et tous et son accessibilité universelle ne sont-elles qu’un rêve flétri ?
44,9 milliards d’euros pour plus de trois millions d’étudiants : c’est ce que l’État consacre au financement de l’Enseignement supérieur en 2024. Ce chiffre, pourtant en constante augmentation (+50 % en dix ans), est préoccupant par ses tendances lourdes de financement.
La dépense annuelle par étudiant chute de 14 160 € en 2014 à 13 300 € en 2024.
Mais cela n’est pas suffisant pour décrire la situation du financement : il faut aussi examiner son contenu et le constat est sans appel. Une privatisation à bas bruit se produit par un financement de l’État en baisse de 12 points et une augmentation de celui des entreprises de 13 points sur les dix dernières années, principalement due à l’apprentissage. Ainsi, l’État ne représente plus que 56 % du financement de l’enseignement supérieur, contre 76 % en l’an 2000. Inversement, la part des entreprises passe de moins de 10 % à plus de 20 % entre 2014 et 2024.
L’apprentissage, moteur d’un basculement vers le privé
La raison principale de cette évolution réside dans le développement considérable de l’apprentissage, qui délègue au secteur privé une grande part de l’enseignement supérieur.
L’apprentissage fournit une main-d’œuvre à bas prix aux entreprises tout en renforçant la concurrence entre jeunes diplômés.
Depuis 2018, l’État verse aux centres de formation d’apprentis une subvention en fonction du nombre de contrats d’apprentissage signés. Leur nombre a connu une très forte croissance, mais commence à se stabiliser en 2024. Cette dynamique transforme profondément le financement du supérieur en multipliant les acteurs privés dans la formation.
Les ménages ciblés, l’université sous tension
La seule variable qui n’a pas connu de bouleversement considérable reste la contribution des ménages, autour de 11 % du financement de l’enseignement supérieur. Pourtant, elle est désormais dans le collimateur de l’Inspection générale des finances.
Dans son rapport de janvier 2025, elle lève l’hypothèque sur une augmentation des frais d’inscription, qui pourrait apporter jusqu’à trois milliards d’euros supplémentaires.
La quasi-gratuité de l’enseignement supérieur public pourrait devenir un mirage.
Les protestations de France Universités ne manquent pas pour demander, le 18 juillet 2025, « à avoir l’État central pour interlocuteur, dans le cadre d’un dialogue de gestion qui concerne l’espace national de l’enseignement supérieur et de la recherche ». Du côté de la communauté universitaire — étudiants, personnels et enseignants —, on se retrouve dans la question posée par la CGT FERC-Sup : « L’État respecte-t-il encore ses obligations constitutionnelles en termes de service public d’éducation ? »


















